29/04/2013

Cahuzac et l’enfer fiscal français : mythes et réalités

Cahuzac a menti à son parti, à son Président, à ses collègues ministres et députés et surtout à ses électeurs, mais finalement il s’est d’abord menti à lui-même. En tant que ministre du Budget son job était clairement de conforter un système qui à l’évidence ne marche pas : plus de la moitié des ressources publiques françaises proviennent de cotisations sociales, de taxes professionnelles et d’impôt sur les sociétés, qui toutes pénalisent le coût du travail en France. Tandis que l’impôt sur le revenu ne représente que 6% des ressources de l’Etat.  

Il existe en fait des centaines de types de prélèvement obligatoire différents dans l’Hexagone, dont personne à ce jour n’est paru capable de dresser la liste exhaustive. Surtout pas l’Etat. Au point que le détail des recettes, catégorie par catégorie, hésite entre Prévert, Kafka et Harpagon : taxe sur l’essence, le tabac, les jeux, l’alcool, la valeur ajoutée, l’électricité, le décès, le logement, les médicaments, etc…  La plus grosse, vaste zone d’ombre intitulée « divers » constituant de loin le plus gros poste : 40% de l’ensemble, à base de micro-taxes rapportant moins d’un milliard chacune, le plus souvent sur les salaires !

C’est le fruit de décennies de défiance et de mauvaise humeur des citoyens français à l’égard de leurs gouvernants, qui les poussent à l’évasion fiscale. Craignant leur juste courroux, les gouvernants ont pris l’habitude de taxer plutôt l’indolore « part patronale » de la fiche de paye. Ce qui n’est qu’un grossier mensonge, s’agissant de l’argent bel et bien payé par le patron sur le coût du travail mais non versé au salarié. 

En Suisse, le gros des recettes de l’Etat et des cantons proviennent bel et bien de l’impôt sur le revenu, nettement plus lourd qu’en France à catégorie sociale égale ; et pourtant ça marche. Il serait naïf de croire l’évasion fiscale inconnue chez nous, mais elle n’est certainement pas le sport national pratiqué de longue date en France.

Le citoyen helvétique doit payer lui-même des primes d’assurance maladies astronomiques et un impôt sur le revenu très consistant. La facture a beau être salée, elle se révèle beaucoup plus digeste grâce la démocratie directe, aux référendums d’initiative populaire et à la proximité administrative : les ¾ des dépenses publiques sont décidées à l’échelon local en Helvétie, contre moins du quart en France. Du coup, le citoyen helvète a le sentiment d’avoir pu s’exprimer par son vote sur la manière dont l’Etat dépensait le fruit de ses impôts. Et comme on dit au cinéma, « il en voit la couleur à l’écran ». Ce qui n’est de loin pas toujours le cas du citoyen français.

Maintenant, lorsque la gauche française prétend que 60 à 80 milliards d’euros par année échappent à l’impôt, il faut savoir de quoi on parle. Il ne s’agit en tout cas pas du montant qui devrait être payé au fisc, car ce serait l’équivalent de ce que rapportent ensemble l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les bénéfices des sociétés : 65 milliards cumulés en 2009, sans doute dans les 80 en 2013. Evaluer des données cachées est forcément grossier et hasardeux, mais là cela signifierait que la moitié de l’activité économique française, dans tous ses secteurs même les plus prestigieux et surveillés se déroule « au black ». Ce n’est pas réaliste. 

Il ne peut pas davantage s’agir du montant des revenus et des bénéfices qui échapperaient à l’imposition sur une année. Ce qui – en impôt sonnant et trébuchant - ne ferait déjà même plus le tiers des 80 milliards annoncés.  Car même dans ce cas, 80 milliards échappant à l’imposition (sachant que le PIB français est de 2000 milliards dont plus de la moitié incombe à l’Etat et aux services publics et n’est donc pas imposable), cela représenterait encore l’équivalent d’un bénéfice de 8% pour toutes les entreprises privées françaises qui, intégralement, ne serait pas déclaré… Alors même que par les temps de crise qui courent,  95% des patrons français vendraient père et mère pour arriver à de telles marges même déclarées…

Bref, si ce chiffre de 60 à 80 milliards n’est pas une pure vue de l’esprit, il ne peut être crédible que s’il désigne en fait l’ensemble des biens d’origine française qui dorment (ou fructifient) à l’étranger et ce, pour certains d’entre eux, depuis des décennies. Ce que se gardent bien de préciser politiciens et journaliste qui avancent ce chiffre spectaculaire.  Car du coup, l’affaire perd beaucoup de son sel et  le montant à en tirer en impôt effectif varie entre 1 à 2 milliards par année, sur les revenus des placements, ou si l’argent est confisqué, à l’équivalent de ce qui sera confisqué, mais par définition, une fois et une seule.

 Dans le premier cas, la France récupère chaque année 0,1% de son budget annuel  (et 2 à 3% du montant total de l’impôt sur le revenu). Dans le second, pour autant qu’elle parvienne à mettre la main sur tous les fonds évadés, ce qui parait très improbable, elle récupère l’équivalent de 6% de son budget annuel, mais une seule fois. C’est loin d’être négligeable, mais c’est nettement moins efficace que de tenter une vraie réforme de la fiscalité, pour mettre fin à un système qui ne marche pas…

Pour comprendre à quel point l’impôt sur le revenu est relativement peu important, dans l’ensemble de la fiscalité française, il suffit de savoir que mises ensembles, les taxes sur l’alcool, le tabac et l’essence rapportent davantage.  Ou que l’électricité, à elle seule, rapporte autant que l’ISF. Pour la simple et bonne raison que si les riches peuvent être très très riches, ils sont aussi extrêmement peu nombreux. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être imposés. Il est psychologiquement indispensable qu’ils participent largement à l’effort de solidarité exigé de tous en des temps difficiles. Mais ce n’est pas cela qui sauvera la France.

Les politiques vont donc devoir inventer de vrais remèdes et des solutions pérennes. L’exemple de la petite Suisse pourrait les y aider, s’ils voulaient bien se renseigner sérieusement sur comment ça marche ici, au lieu de rabâcher des clichés comme celui-ci , découvert sous la plume d’une journaliste de « La Tribune », hebdomadaire économique, pour expliquer le faible taux de chômage en Suisse :

« La Suisse a une prospérité liée à son rôle de place financière, explique Jacques Freyssinet (économiste au Centre d'études sur l'emploi) ; elle utilise très largement la régulation de l'immigration, qui est surtout sur des contrats courts", poursuit Jacques Freyssinet. Difficile de décrocher un CDI si l'on n'est pas suisse, la préférence nationale est effective. Il se murmure également que, de honte, certains Suisses au chômage ne s'inscriraient pas... » précise la journaliste.

Rien sur la durée du travail, sur la minceur du code du travail, sur le fait que la finance représente 5 % des emplois à tout casser et l’immigration 23% des actifs, voire davantage en incluant les frontaliers. L’économiste du centre d’études pour l’Emploi ignore apparemment l’inexistence de fait des CDI à la française et sa lecture de la régulation de l’immigration est juste l’inverse de celle du MCG. La vérité se situant probablement entre les deux.  

Bref si les études sur l’amélioration de l’emploi dans l’Hexagone dépendent d’experts aveugles et sourds, la France est mal barrée. Mais qui est ce Jacques Freyssinet ?  Un jeune débutant inexpérimenté ? Que nenni.  Né en 1937, professeur émérite d’Université, ancien dirigeant de l’UNEF aux sources du gauchisme, il a été Président du Conseil d’Administration de l’ANPE sous Mitterrand et se trouve à vrai dire en retraite  depuis 2002. Ne serait-il pas temps pour lui de laisser place aux jeunes, à des chercheurs sans œillères qui daigneront se renseigner et venir voir sur place comment ça marche, plutôt que de rester buté sur des théories franco-françaises qui poussent l’Hexagone à la faillite ?

27/04/2013

Suisse-UE : le symbiote qui refusait d’épouser la crémière…

 

Nous savons tous ce qu’est un parasite : un organisme qui se greffe sur un autre, dans lequel il puise sa substance vitale, au point de l’épuiser parfois, ce qui peut conduire à la mort des deux organismes.  La symbiose est un parasitisme un peu particulier, dans la mesure où le parasite apporte également des bienfaits à l’organisme hôte, ce qui les rend plus forts ensemble, plus efficients que séparément. Dans la nature, c’est toujours l’organisme le plus gros qui est qualifié d’hôte et quelques relations symbiotiques sont à l’origine des plus belles réalisations de la nature. A commencer par les lichens qui ont permis la colonisation de la Terre par la végétation.

En biologie, les deux organismes d’une symbiose sont dit symbiotiques,  ou symbiotes. En littérature, notamment de science-fiction, le symbiote est clairement l’organisme qui parasite, fournissant en échange à l’hôte des facultés, voire des pouvoirs, auxquels il n’accèderait pas sans lui. L’équilibre des échanges est bien sûr fondamental, si l’on veut éviter que la symbiose, bénéfique à chacun, ne redevienne du parasitisme pur et dur, qui risquerait d’être fatal à l’un des « partenaires » ou aux deux. Par étranglement de l’hôte ou par arrachage du parasite.

Par analogie, on peut clairement qualifier la Suisse de symbiote de l’Union européenne, les bilatérales ayant renforcé le phénomène. Au profit de la Suisse, qui du coup s’hypertrophie, grossit trop vite aux yeux de nombre de ses résidents/composants, attirant capitaux et travailleurs hautement formés particulièrement dynamiques… Loin de se réjouir de former un ilot de prospérité au beau milieu d’une crise mondiale, ces composants suisses ingrats – et inconscients – sont persuadés de pouvoir mieux réussir encore en s’éloignant de l’hôte, oubliant que si le lierre peut survivre sans arbre où s’accrocher, il végète au sol et croit au ralenti, tandis que la symbiose avec un arbre lui permet de s’élever dans les airs et de se développer à une vitesse spectaculaire !

Rappelons que l’économie suisse stagnait avant les bilatérales avec un taux de croissance inférieur à celui de l’Europe, ce qui s’est inversé après les bilatérales. Que par ailleurs plus des deux-tiers de nos échanges (importations et exportations), dont nous ne saurions nous passer, se font avec l’Union Européenne, dont nous représentons 5% des échanges. L’Union européenne est donc 13 fois plus importante pour nous que nous le sommes pour elle. Penser que l’on doit notre réussite à notre seul génie démocratique et à la minceur de notre code du travail est certes très agréable pour l’ego, mais c’est juste faux. La démocratie et le code du travail nous aident, mais ne suffisent pas.

Les Suisses aiment bien rappeler, par exemple, que la Suisse est le premier investisseur étranger dans l’Union Européenne. C’est vrai, mais pour l’essentiel, l’argent investi est de l’argent européen, déclaré ou non au fisc des pays européens dont il est issu, qui y retourne après avoir été placé à l’abri en Suisse. Des fortunes privées, autant que des bénéfices commerciaux de multinationales… Tant que le symbiote joue le jeu et offre un plus à l’hôte (ne serait-ce que le confort d’avoir une économie et une société stables en son cœur) tout va très bien dans le Meilleur des mondes, mais si l’échange devient par trop inégal, la tentation de court-circuiter le passage par le symbiote devient lancinant.

Les responsables ayant senti le danger, prônent de longue date la diversification des relations. Politique judicieuse, mais qui ne compensera jamais le fait que la Suisse est un symbiote INTERNE à l’Union Européenne, qui l’entoure entièrement. Même ses voies aériennes dépendent intégralement du bon vouloir de l’UE. Sans compter que la Suisse fait incontestablement partie du club occidental.  Tant que le monde vit en paix, la Suisse en profite, mais nos valeurs sont belles et bien occidentales, en plus de la géographie, qui nous place au cœur du continent.

En résumé, le symbiote suisse écrème le meilleur des produits de l’Union européenne : capitaux défiscalisés et jeunes diplômés formés à grands frais notamment. Il ne fait pas que cela, mais il fait aussi cela et c’est essentiel dans les rapports entre l’hôte et son symbiote. Dans les faits, l’intégration entre les deux organismes est tellement avancée, l’imbrication telle qu’une union de droit et non plus seulement de fait parait la solution la plus pertinente. Il s’agirait simplement de régulariser en épousant la crémière, depuis le temps qu’on vit à la colle… Le mariage est à la mode, ces temps.

Au lieu de quoi, la Suisse, du moins une forte partie d’entre elle, s’obstine à vivre dans le pêché. Pourquoi pas ? Après tout, les enfants sont grands. Bien sûr, la voix au chapitre dans les conseils de famille est réduite à la portion congrue : un murmure, depuis l’autre côté de la porte close. C’est embêtant, alors que le multilinguisme, la culture démocratique et l’expérience confédérale feraient à coup sûr merveille, dans les débats familiaux. Une chose est sûre cependant : couper les liens unissant le symbiote à son hôte serait suicidaire. Vivre à la colle, pourquoi pas, mais pas séparés : quel que soit l’état de santé du géant, son symbiote, privé des 2/3 de sa substance vitale,  ne s’en relèverait pas.

Se mêler des problèmes de la famille, les prendre à bras-le-corps et aider à les résoudre, c'est une attitude qui serait appréciée, au moment où le caractère un peu égoïste de la relation apparait au grand jour. C'est d'ailleurs ce que fait la Confédération discrêtement, par exemple en soutenant l'Euro. C'est autrement plus constructif et solidaire que l'attitude d'une certaine droite, qui se contente de dresser la liste des échecs, des demi-échecs ou des difficultés, en ressassant "on vous l'avait bien dit".  La Suisse ne s'est pas faite en un jour. L'UE n'a qu'une cinquantaine d'années. Au cours des siècles qui ont suivi 1291, les cantons n'ont cessé de se taper les uns sur les autres, manu militari, au moins autant qu'ils faisaient la guerre à l'extérieur. Alors la décence voudrait que l'on encourage les efforts de construction de l'Union européenne, qui nous assurent protection et stabilité, plutôt que d'applaudir à tous ses problèmes.

Et pour sourire: un dessin de videberg paru dans un blog du Monde

 

 

 

 

 

23/04/2013

Echange automatique d’informations : Pourquoi les banques n’ont pas le choix

La plus grosse erreur sur ce sujet serait de confondre l'intérêt national avec une fierté mal placée. Beaucoup sont tombés dans le piège. Résumons.

L’économie suisse a de nombreux atouts, la puissance de ses banques étant primordiale, qui se traduit par d'incroyables quantités d’argent géré. La majeure partie de cet argent est aujourd’hui parfaitement légal et déclaré: fonds de pension, assurances, fonds souverains, trusts et autres qui profitent ici de la stabilité législative, politique et monétaire, d’interconnections nombreuses et du savoir-faire de la place financière. Mais bien sûr pour que cet argent reste ici, il faut qu’il travaille et fasse des petits, donc qu’il puisse être investi partout où ça rapporte, y compris dans les pays d’origine des fonds.

Une autre partie des fonds, une grosse minorité, mais qui tend à se réduire, est constituée d’argent disons « gris ». De l’argent honnêtement gagné en principe, mais pas forcément déclaré. Plus quelques résidus, par ci par là, d’argent carrément délictueux dont presque tout le monde aimerait bien se débarrasser, même si quelques margoulins sont encore attirés par le caractère très rémunérateur de ces fonds pour ceux qui daignent prendre le risque de s’en occuper.

La Suisse a longtemps joué sur les deux tableaux, privilégiant peu à peu le premier, l’argent légal et elle a bien fait, mais aujourd’hui, mise au pied du mur,  il lui faut choisir.

Défendre le secret bancaire, c’est défendre cette partie d’argent gris et les quelques restes carrément sombres. Peu viable à terme, comme on l’a vu depuis bientôt une quinzaine d’années avec le Etats-Unis, qui mettent dans la balance l’accès à leur marché  boursier et financier : si vous voulez travailler chez nous, dit Washington, informez-nous sur nos ressortissants. Et la Suisse informe, parce que si l’accès au marché US est coupé, c’est non seulement un gros morceau de profit en moins pour les banques, mais c’est aussi, pour l’argent placé et donc pour la clientèle, de très importantes perspectives de rentabilité qui s’envolent.

Il en va de même pour l’Europe et bientôt pour les principaux marchés émergents, Brésil en tête, depuis qu’à Bruxelles on a compris la combine.  La Suisse peut choisir de se recroqueviller sur son secret bancaire et de défendre corps et âmes les personnes ayant placé de l’argent dissimulé, mais ce sera au détriment de ses profits et plus grave, de ceux de ses clients honnêtes et propres sur eux, qui sont aujourd’hui majoritaires. Accessoirement, l’économie classique helvétique paierait également les pots cassés, en risquant de voir se fermer des marchés essentiels, de proximité. Les Asiatiques étant globalement allergiques aux produits laitiers, ce n’est pas en Chine que l’on va vendre le Gruyère d’alpage. Sans compter (et c'est primordial) que  la Chine, le Brésil et les autres font aussi partie du G20  de l’OCDE et du GAFI, et qu’ils ont tout autant intérêt que Bruxelles ou Washington à voire se réduire la colossale évasion fiscale mondiale.

En vérité, les services juridiques des banques, compliance, aml et autres se préparent de longue date à cela, qui coûtera d’ailleurs moins cher que les machines à Tinguely que constitueraient des accords séparés et spécifiques avec chaque pays, impliquant d’entretenir des armées d’avocats spécialisés dans le droit de chaque pays. En plus de la coûteuse collecte d’informations rendue nécessaire sur la clientèle, ou de la valeur très relative d’un certificat de déclaration fiscale exigé du client. On l'a bien vu dans l'affaire Cahuzac.  

Reste l’épineuse question des fonds placés depuis longtemps dans un cadre légal en Suisse (parfois pour fuir des dictatures ou autres), mais qui se retrouvent aujourd’hui menacés par ces accords internationaux. Cela fait aujourd’hui cinq années au moins qui ont pu ou auraient du être mises à profit pour trouver une solution. Individuellement, les comptes ont pu être clôturés et collectivement, la plupart des banques suisses et l’ASB ont fait le maximum pour parvenir à des compromis honorables, comme les accords RUBIK. Plusieurs pays ont joué le jeu, proposant des solutions d’amnistie qui leur ont rapporté à chacun de jolis paquets de milliards.  

Certaines banques, UBS en tête (devenue en bonne partie arabo-singapourienne sous la houlette d’Ospel lorsqu’elle a été renflouée par les fonds souverains en 2007) ont préféré continuer à jouer un double-jeu qui ne lui ont valu que des ennuis, éclaboussant largement toute la profession et même la Suisse entière. On peut espérer que c'est aujourd’hui terminé. Aujourd’hui, la Suisse n’a plus d’autre choix que l’échange automatique. Il ne lui reste qu’à le vendre du mieux possible, en obtenant en échange le libre accès aux marchés, et la transparence des trusts. Ce qui est dans l’intérêt de tous et l'argent transféré ces dernières années à Singapour et ailleurs n'est qu'en sursis. A moins d'y avoir été transféré en cash, les traces électroniques existent et sont connues des autorités concernées. Dans les mois et les années qui viennent, les structures bancaires de ces eldorado insulaires de l'off-shore seront tous passés au grill. Et l'on a vu, avec Chypre, quelle était la fragilité de ces structures qui n'ont que la finance pour pilier. Si j'avais de l'argent, je préfèrerais qu'il soit en Suisse. 

19/04/2013

Le guru des populistes italiens et le jacuzzi des populistes genevois

Passionnant reportage d’Envoyé Spécial hier soir, sur France 2. Le mouvement populiste « Cinque Stelle » de Beppe Grillo y était ausculté de l’intérieur. Ce qui a permis de constater quelques points communs et aussi des différences fondamentales d’avec le MCG, mais aussi une analyse très particulière et extrêmement troublante de la mondialisation et des crises actuelles.

D’autant plus troublante que le mouvement a tout d’une secte, y compris le guru caché, mais une secte qui ferait 8 millions de voix et aurait 163 députés. Une secte aussi dont le leader officiel a déclaré hier à l’AFP vouloir exporter sa « révolution sans guillotine… pour l’instant » dans toute l’Europe. Tandis que son conseiller de l’ombre va plus loin : lui voit l’occident, grâce à sa refonte morale 5 étoiles, sortir vainqueur de la 3ème guerre mondiale, programmée pour 2020, afin d’instaurer le paradis sur Terre, à base de développement durable et de communautarisme virtuel.

La différence qui tue, pour le MCG, c’est que Grillo, au moins en apparence, met son parti en conformité avec son discours du « tous pourris » : pour être candidat 5 Etoiles, il faut n’avoir jamais fait de politique auparavant. Tandis que le MCG est principalement composé de politiciens blanchis sous le harnais, mais recalés par leurs anciens partis, qui ne jugeaient pas leurs aptitudes en corrélation avec leurs ambitions.

L’autre différence, qui contraste fortement avec le MCG, c’est que le Mouvement de Grillo a un vrai programme, comportant des éléments révolutionnaires, comme l’instauration d’un revenu minimum pour tous et le refus de bénéficier  des financements publics ou le fait de diviser le salaire des députés par trois. Là où Eric Stauffer, sitôt élu, cherche à augmenter le sien. Pour payer l'eau chaude de son jaccuzzi sur la terrasse de son penthouse d'Onex ?  Le Maire 5 étoiles de Parme, lui, roule en vélo et a revendu tous les véhicules de fonction… Bref, un agenda chargé pour Grillo et les grillistes, même s’il est en partie caché, tandis que le MCG n’est qu’un parti attrape-tout, sans ligne claire, soutenant chaque chose et son contraire, du moment que cela peut rapporter des voix. 

Le but de Grillo et de son guru Gianroberto Casaleggio est d’arriver au pouvoir pour changer l’Italie et le Monde, sans forcément nous demander notre avis, tandis que le but des cadors du MCG se limite à devenir calife à la place du calife.  On se demande ce qui est le pire, d’autant que les deux formations ont un gros point commun : la fabrication de boucs émissaires. Quoi de plus porteur qu’un ennemi responsable de tout, qu’il suffit de vaincre pour arranger les choses ? Les miracles étant rares en ce monde, c’est difficile à gérer sur le long terme,  une fois au pouvoir… Mais pour y arriver, c’est un coup de booster garanti sur les performances électorales.

Le frontalier du Mouvement 5 étoiles, c’est le politicien en place, responsable de tous les maux de l’Italie. Mais bien sûr. Les Italiens, eux, ne sont responsables de rien. Même pas d’avoir élu Berlusconi ou d’avoir érigé la combinazione en sport national. Pas davantage que les Genevois. Ou les Français. Ou les Etasuniens, les Chinois ou les Africains. C’est là le propre de toutes les démagogies de gauche, de droite, ou des étoiles, d’exonérer le peuple et les citoyens de toute responsabilité, au moins partagée. Pour mieux les berner. Dans le cas des Cinq étoiles, les citoyens (eux aussi adorent ce terme) sont invités à faire des propositions d'action, qui sont consignées et débattues non pas en public, mais uniquement sur Internet. Ce qui restreint le champ des intervenants. 

Or Internet, c'est précisément la spécialité du guru Casaleggio, qui a fait carrière - et fortune - dans le développement de sites et de blogs, y compris pour des multinationales, obtenant des performances de fréquentation exceptionnelles. Tous les sites internet du mouvement sont gérés et manipulés par l'entreprise du guru Casaleggio, Casaleggio Associatti. Et tout le parti est géré par l'intermédiaire d'Internet, sans aucune règle de démocratie formelle.  Or rien n'est plus facile que de manipuler des débats et des votes sur internet, qui se déroulent sur des sites dont on détient toutes les clefs. Toutes les attaques, douces ou dures, disparaissent immédiatement des sites du mouvement, tandis que des milliers d'internautes grillistes croisent le fer ardemment partout ailleurs... Ce qui n'est pas sans rappeler la pratique des militants MCG, sur la Tribune électronique et ailleurs.

Pour le reste, l’analyse du Guru Casaleggio sur l’avenir de la planète et de l’humanité dans les années à venir ressemble en bien des points à celle que j’exposais dans mon livre l’Utopie Urgente en 2007 (éd. Slatkine). A savoir que la montée en puissance des pays émergents, la stagnation de l’occident, les ressources limitée de la planète (même si l’on peut espérer trouver de nouvelles sources d’énergie) et l’excitation nationaliste ou religieuse en constante croissance forment un cocktail excessivement explosif. Avec l’augmentation des inégalités comme détonateur. 

A partir de là, nos analyses divergent. Pour éviter la 3ème guerre mondiale, ou en sortir si elle survient, je rêve d’une amélioration quantitative et surtout qualitative de la gouvernance mondiale, conjuguée à de fortes décentralisations démocratiques. Casaleggio, lui, parie sur ce qui pourrait bien être la fin de la démocratie classique, appuyée sur la maîtrise d’Internet (où comme il le dit lui-même, 10% des internautes produisent 100% des contenus) et la victoire de l’occident qu’il voit seul capable d’imposer la paix et la stabilité au monde. Une vision ethnocentrée qui traduit le caractère d’un homme apeuré et inquiet, ayant davantage voyagé dans les mondes virtuels épurés que dans la réalité complexe d’une petite planète multipolaire. 

13/04/2013

Danger: l'extrême-droite censure la vérité

Pour la première fois depuis bientôt huit ans que je tiens ce blog, suivi mensuellement par plusieurs milliers de lecteurs, même lorsque je n’écris plus qu’un texte par mois, j’ai été censuré par la Tribune de Genève. Le thème en était l’extrême droite et l’offshore. Plus spécialement la méthode consistant à obtenir un gros crédit, parfaitement légal, de banques habituellement très prudentes qui, à l’instar de la fourmi de la fable, sont peu prêteuses par nature. A moins de présenter de solides garanties.

Une garantie que les fourmis banquières adorent, c’est la mise en cautionnement, quelque part, d’une somme d’argent égale ou supérieure au prêt plus les intérêts. Pas nécessairement déclarée, la somme, sinon, à quoi bon payer des intérêts dessus ? La manip s’apparente donc à du blanchiment, en permettant d’utiliser des fonds de provenances diverses pour, par exemple, financer une campagne électorale.

Il n’y avait rien de faux ni de mensonger dans mon texte, qui ne citait que des faits publics et connus, disponibles sur Internet et pour l’essentiel même sur Wikipedia, et ce depuis des années. La seule valeur ajoutée de mon papier, en dehors d’une pointe de causticité, consistait au rapprochement de faits épars, qui prenaient ainsi un sens nouveau. J’y parlais d’une célèbre dynastie de l’extrême droite française, connue pour avoir obtenu un étonnant crédit de l’UBS pour sa toute petite PME active dans l’industrie du divertissement, un secteur habituellement fui comme la peste par cette institution bancaire qui connut jadis des jours meilleurs et des dirigeants d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon.

J’y évoquais également un habitué des prétoires, politicien genevois collectionneur de casseroles, qui a obtenu de la Tribune, donc, le retrait de mon texte sur mon propre blog. Sous la menace non pas d’une plainte en diffamation ou pour calomnie, mais pour atteinte à l’honneur. Le détail a son importance, car dans l’atteinte à l’honneur, le fait rapporté peut être vrai et prouvé, cela n’empêche pas la condamnation, si le fait de le mentionner a pour but essentiel de nuire au plaignant. Une disposition très chrétienne du droit helvétique, ayant entre autres pour ambition de faciliter la réinsertion des personnes condamnées, en empêchant de rappeler sans cesse leur condamnation.

La Tribune, en tant qu’hébergeur, ayant été récemment condamnée conjointement avec Eric Stauffer, pour atteinte à l’honneur, suite à des propos tenus par ce dernier sur son blog, ne souhaitait pas remettre la compresse, en dépit de la valeur exemplaire et particulière de la situation. Il y avait en effet un détail d’importance, qui m’aurait protégé ainsi que la Tribune, selon la jurisprudence. Mon intention n’était nullement de nuire au politicien incriminé en tant que personne, mais simplement d’alerter l’électeur genevois sur les antécédents d’un candidat à de hautes responsabilités. Le fait d’avoir, par le passé, trempé dans des affaires du type de celles qui sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité et conditionnent l’avenir du canton, en le contraignant à repenser des pans entiers de son économie, ce n’est pas anodin. La moindres des choses est que l’électeur en soit informé.

Que cette évocation soit censurée par crainte (heureusement discutable) d’une action judiciaire, c’est un fait plus grave qu’il n’y parait dans une République jusqu’ici réputée pour sa liberté de parole. Liberté de parole d’ailleurs largement usitée, jusqu’à fatiguer, par le politicien en question qui a conspué le ban et l’arrière-ban de la République à de réitérées reprises, sous couverture (transparente à force d’être élimée) de la défense du bien commun. C’est aussi la preuve éclatante de ce qui nous attend si par malheur nous commettons l’erreur d’élire de tels personnages, qui passent leur temps à insulter toute la République, mais ne tolèrent à leur égard que le lèche majesté, menaçant et censurant à la moindre égratignure d’un simple blogueur.

Un comportement totalitaire avant même d’être au pouvoir, il fallait oser.  Tant mieux, cela permet de le reconnaître plus facilement.

28/03/2013

Ces années sanglantes où la Suisse faillit éclater sous la menace du IIème Reich

Depuis quelques jours, on voit toute l’extrême droite de ce bout de pays courir à la rescousse d’un conseiller d’état valaisan pris la main dans le pot de miel. Quelques personnes naïves s’y laissent prendre et entonnent le refrain : « laissons-le faire ses preuves, pourquoi tant de haine, ce n’est qu’un drapeau anodin après tout ». Quelques petits malins enfoncent le clou en prétendant donner des leçons d’histoire pleines de morgue… Et enduites d’erreur : «  le IIème Reich n’était pas le IIIème, bandes d’incultes, faut pas tout confondre ».

Non, faut pas confondre. Ni tenter de berner le lecteur trop confiant. Parce que ce drapeau innocent a bel et  bien été aussi celui du IIIème Reich à ses débuts, durant deux ans. Puis il est resté celui de la Kriegsmarine, pendant toute la guerre. Or le Monsieur qui porte une queue de cheval dit lui-même l’avoir acheté en visitant un U-boot. Par ailleurs il est professeur d’Allemand. Censé être informé de l’histoire de ce pays et du sien. En principe.

C’est là que le bât rentre carrément dans la chair de l’âne. Parce que ce drapeau fut effectivement d’abord celui du IIème Reich, de l’unité allemande (contre la joyeuse pagaille décentralisée qui précédait), de Bismarck et de la guerre de 14-18. Durant laquelle la Suisse passa à deux doigts de l’éclatement. 7 000 Français de Genève sont morts dans les tranchées, mais aussi des milliers de Suisses. Après l’invasion de la Belgique neutre, plusieurs dizaines de milliers de Confédérés s’étaient engagés dans la Légion étrangère où ils se sont battus héroïquement contre l’hégémonie allemande, faisant du 1er Régiment Etranger le plus décoré de France. Parmi eux, un Neuchâtelois d’origine alémanique, Blaise Cendrars, qui y perdit un bras. Il n'est pas faux d'écrire que leur participation fut décisive et qu'en aidant la France, ils sauvèrent la Confédération d'une annexion pure et simple dans le IIème Reich.

Pendant ce temps en effet, un autre Neuchâtelois, Conrad Ulrich Wille, avait été élu général, commandant en chef de l’Armée Suisse, avec le soutien appuyé des 235 000 allemands résidant en Suisse orientale (dont l’ancêtre de Blocher), contre 68 000 français, presque tous à Genève. Né à Berlin dans une famille de collaborateurs du Roi de Prusse, Wille est marié à une comtesse von Bismarck, cousine du chancelier. Il va tout faire pour engager la Confédération aux côtés des Allemands, échouant de justesse à plusieurs reprises. Il masse ses troupes aux frontières françaises et italiennes et laisse le Rhin quasi sans défense, alors que les Prussiens ont envahi la France en violant la neutralité belge. Ses officiers supérieurs fournissent à leurs homologues allemands les codes de l’armée russe (et écopent gentiment de quinze jours d’arrêt…), il contribue au départ de Lénine, et surtout à au moins deux reprises, prépare des plans d’invasion de la France, stoppés in extremis par le Conseil Fédéral, qu’il insulte copieusement dans ses courriers privés. 

J’oubliais: le KronPrinz Guillaume est le parrain de son petit-fils. Conrad Ulrich est aussi le grand-père maternel d’Annemarie Schwarzenbach, écrivain morphinomane, amie d’Ella Maillart avec qui elle voyage en Afghanistan et surtout militante anti-nazie. Tandis que son oncle Ulrich Sigmund Wille (le père du filleur du Kronprinz) devenu à son tour Colonel commandant de corps, disputera sa fonction au Général Guisan, avec des intentions clairement pan-germanistes, voire pro-nazies vu les circonstances, au point qu’il sera finalement exclu de l’armée en 1942.

Bref, pour un partisan de l’indépendance jalouse du peuple des bergers contre l’emprise européenne, l’emblème semble mal choisi, qui fut celui du pan-germanisme ouvertement désireux d’avaler la Suisse, au moins dans sa partie alémanique.
Sauf bien sûr si c’est bel et bien son adoption comme signe de ralliement par l’extrême-droite nazillone européenne qui motive la présence de l’emblème dans la cave du Conseiller d’Etat valaisan. De même que son apparition à la télévision. L’ultime provoc à destination de ses nombreux fans dans les milieux racistes et identitaires : « Regardez, je suis au Gouvernement, avec ça chez moi. » Pure supputation bien sûr, mais peut—être bien la provoc de trop. A noter que même Marine le Pen ne tolère pas ce genre d’excès et exclut systématiquement tous ceux qui arborent des symboles d’une époque honnie.

On a donc ainsi officiellement en Suisse une UDC qui va plus loin que le Pen. Cela n’a rien d’anodin et les cris d’orfraie en défense du tribun à queue de cheval, réclamant le respect pour l’homme, sa fonction et ses électeurs, sont nuls et non avenus lorsqu’on voit la violence avec laquelle les mêmes milieux n’hésitent pas à conspuer les édiles en place, respectueuses du pacte républicain et du système confédéral. La condamnation en justice d’un rédacteur en chef valaisan qui avait laissé passer des rapprochements déplacés sur les origines communes entre le tribun à queue de cheval et le dernier chancelier du Reich prend soudain un goût amer.

Concrètement, cela n’est pas sans incidence sur nos prochaines élections cantonales. On sait que le nouveau Conseiller d’Etat valaisan a toujours été pour un rapprochement entre l’UDC et le MCG. Le soutien qu’il a reçu des membres de ces deux partis confirme au besoin qu’on est bien en présence de deux formations d’extrême-droite. Dans les blogs et sur Facebook, le débat est allé très loin, jusqu’à relativiser les crimes nazis, au prétexte de la colonisation, ou de la collaboration. Positions indéfendables. Qu’il existe des tueurs de vieilles dames, par exemple, ne réduit en rien l’ignominie d’un serial-killer violeur d’enfants… Ni la nécessité de mettre le mal hors d’état de nuire. Pour cela, le vote pour des formations démocratiques sans ambiguité apparait une impérieuse nécessité. 

26/03/2013

Traversée: le Conseil d'Etat ne lâche pas prise

La Traversée en 2030, c'est une excellente nouvelle, d'autant qu'elle serait gratuite, ou tout au moins payée par la Confédération. Elle a été annoncée en point presse par Michèle Künzler et François Longchamp dès la semaine dernière, confirmée ce matin par les responsables techniques de la question dans l'administration cantonale. L'élargissement de l'autoroute actuelle est prioritaire. Elle gagnera une, voire deux voies supplémentaires dans chaque sens,  pour des travaux qui devraient être achevés dans 7 à 12 ans... Le scoop, c'est que la traversée du Lac n'est pas morte et enterrée, tout au contraire.

Doris Leuthard et les responsables de l'OFROU (Office Fédéral des Routes) l'ont encore confirmé tout récemment. L'idée serait d'inclure le projet dans le plan de financement de l'achèvement des toutes nationales, en 2015. Pour une inuaguration, idéalement, en 2030. Je ne sais pas vous, mais moi je serai en retraite depuis déjà un paquet de temps. Mais pour l'économie lémanique et pour le quotidien des habitants du Grand Genève, c'est vital.

On a pu croire que le Conseil d'Etat  délaissait le projet, voire qu'il le faisait avec un certain plaisir, enfourchant avec délectation l'excuse "Berne n'en veut pas", pour éviter d'avoir à se coltiner une votation compliquée. Il n'en est rien.  Le Conseil d'Etat in corpore est bien décidé à aller de l'avant et nul doute que les trois élus PLR qui rempilent sauront faire passer le message dans le nouveau collège. Michèle Künzler, collégiale, s'est-elle in fine laissée convaincre par les arguments des techniciens ? C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter pour sa réelection et nous ne manquerons pas de le lui demander. 

 

On sait Pierre Maudet convaincu de longue date. François Longchamp, c'était moins évident. Mais depuis qu'il est responsable de l'urbanisme et des affaires régionales, il est appelé à se déplacer bien davantage et il nous confiait récemment combien il lui semblait urgent de désenclaver la rive gauche. Si Berne (et les chambres fédérales) se laissent convaincre, le contournement autoroutier de Genève serait bouclé avec de l'argent fédéral quasi exclusivement. Ce qui complique un peu la perspective d'y faire passer les transports publics. Les autobus où l'on circule debout ne sont pas admis sur les routes nationales, où la ceinture est obligatoire en tout cas. Rien n'empêche en revanche de prévoir suffisamment large dès le départ pour réserver des voies éventuelles aux  trasnsports publics.

Nul doute en tout cas qu'une telle traversée permettra de résoudre une bonne partie des problèmes de circulaton, de fluidité et de pollution du Centre ville. Vivement 2030...

 

 

22/03/2013

Budget & fiscalité: le consensus n'est pas mort, il est juste blessé

Sur son blog, puis dans Facebook, et finalement hier soir, devant l’assemblée des délégués du PLR, le sémillant Renaud Gautier a émis l’idée que nous étions en plein changement d’ère. Que le temps du consensus, qui a fait les beaux jours de la Suisse, était échu, et que celui des affrontements était venu. Quasiment classe contre classe. Il en a bien sûr rejeté la responsabilité sur la gauche, ce qui n’est pas entièrement faux. Mais force est de constater que ce discours, à l’extrême droite et notamment chez certain journaliste vedette de la Praille, il y a belle lurette qu’on le tient.

Plus piquant et plus évocateur, en bon gérant de fortunes, Renaud s’est placé sur le terrain du possédant, à qui la gauche entend faire les poches. Avec au besoin la complicité active du MCG, qui voit là un moyen commode de se placer auprès de son électorat populaire, tout en cognant comme un sourd sur la gauche bobo intello et internationaliste le reste du temps.

Renaud étant fort intelligent, son discours n’est pas faux. Il est juste partiel. Oui la gauche veut prendre aux riches pour donner à sa clientèle de pauvres et de fonctionnaires. Oui le MCG entend la concurrencer sur ce terrain, avec une clientèle différente, moins intellectuelle, plus petits entrepreneurs, lumpen prolétariat d’origine étrangère et agents de sécurité.

Ce sont là, des situations très classiques, déjà vécues en Europe et à Genève en particulier, il y a 80 ans. La principale différence étant le degré de violence, qui pour le moment reste anecdotique. Souhaitons qu’il continue à en être ainsi.  

Sur le fond, ce que semble oublier Renaud, c’est qu’en dehors de fortunes établies – et même pour celles-là – ce qui compte c’est moins le taux d’imposition que la possibilité de créer de la richesse, ou à l’inverse, la destruction de cette dernière, dans des conflits de toute nature, qui se traduisent -  toujours – par une forte aggravation de la pression fiscale et un rétrécissement considérable des écarts entre riches et pauvres. Sur ce plan d’ailleurs, si l’on se place d’un point de vue strictement égalitariste, on pourrait écrire que les guerres ont du bon. Ce qui serait oublier tout ce qu’elles ont de mauvais.

Pour être concret, voyons le budget comme le gâteau des dépenses publiques à partager, la fourniture des ingrédients étant à répartir entre les différentes catégories de contribuables. Il faut s’attendre à la diminution des réserves de fournitures, parce que l’économie occidentale péclote gravement, ce dont Genève ne pourra pas éternellement se tenir à l’écart. Pour maintenir coûte que coûte la taille du gâteau à répartir dans leur clientèle, la gauche et les populistes veulent augmenter la quote-part demandée aux fournisseurs, quand bien même ces derniers vont voir leurs réserves se réduire à cause de la crise. Ce qui risque de faire fuir certains fournisseurs et donc d’aggraver encore la pression sur ceux qui restent. De plus comme les frontaliers et les expatriés ont été désignés boucs émissaires, les socialistes et plus encore le MCG, veulent leur mettre des chicanes et des barrières. Ce qui immanquablement va nuire à l’économie, donc réduire encore les réserves de fournitures.

La pente naturelle, celle qu’incite à suivre le journaliste de la Praille et sur laquelle se laissent glisser plusieurs députés PLR, c’est de s’allier au populisme – de préférence l’UDC plutôt que le MCG - pour construire une majorité qui tienne debout et soit de taille à imposer ses choix au parlement. Et éventuellement ailleurs.
C’est une mauvaise idée. D’abord parce que le MCG et l’UDC, maintenant qu’ils sont à nouveau réunis (les fondateurs du MCG sont des transfuges de l’UDC), ne se laisseront pas séparer facilement. Le Conseiller d’Etat valaisan à queue de cheval a très concrètement briffé l’UDC genevoise sur ce point et comme il peut aujourd’hui faire figure de Guru à l’extrême-droite, ses conseils seront écoutés.
Ensuite parce qu’une majorité qui se construirait avec les populistes serait contrainte d’abonder dans leur sens. Soit en ponctionnant davantage d’impôts, soit plus probablement en concédant quelques barrières anti-frontalières qui vont nuire à l’économie, donc à la création de richesse et de fourniture, sans améliorer d’un iota la situation des Genevois. Au contraire, les Suisses de France – et les frontaliers, qui en ont le droit - vont avoir tendance à rentrer en Suisse, ce qui va augmenter la pression sur les loyers, et à grossir l’exode sur le Canton de Vaud, donc la baisse des recettes fiscales genevoises, sans améliorer le taux de chômage…

Dans tous les cas, les fournisseurs (= les contribuables) sont grugés : on tend à réduire leur nombre et l’état de leur fortune, tout en les ponctionnant davantage. Existe-t-il pour autant une alternative ? Pas sûr…

Si le PS s’entête dans son jusqu’auboutisme et si les verts refusent de se montrer lucides, le seul espoir des Genevois réside dans un score canon de l’Entente, susceptible de la rapprocher de la majorité au Grand Conseil et de la consolider au Conseil d’Etat. Ce n’est pas seulement l’intérêt des possédants, car les revenus de tout le monde dépendent de la bonne santé de l’économie globale, que les attitudes suicidaires du PS et du MCG menacent gravement. Sur ce point au moins, je suis entièrement d’accord avec Renaud Gautier. Le renfort des Verts Lib ou même des Pirates serait bienvenu, mais malheureusement, je crains fort que ni l’un ni l’autre n’atteignent le quorum et que donc les voix qui se portent sur ces deux petit partis soient des voix qui amoindrissent l’Entente et donc renforcent les populistes.

Maintenant, quel sera  dans les faits le niveau de la crise dans les deux, trois ou même cinq années qui viennent, nul ne peut le dire. Pas davantage que l’on ne peut chiffrer l’impact désastreux qu’auraient les mesures d’un populisme transversal, gauche-droite, victorieux, ou même simplement influent. Mais si la crise se révèle aussi grave que certains le craignent, les solutions d’économie et d’allègement de l’Etat ne suffiront pas (d’autant qu’elles sont elles-mêmes causes de baisse de croissance à terme) et il faudra aussi revoir l’assiette fiscale. C’est une question vitale pour la santé de l’équilibre social. Si l’on demande des sacrifices, il faut que ceux-ci soient répartis. Personnellement, je verrais assez dans les faits une sorte d’accord et d’engagement plus ou moins formel à se tenir prêts à gouverner sans dogme, ni d’un côté ni de l’autre, si ce n’est à maintenir un gâteau de qualité dans la mesure des ingrédients raisonnablement disponibles. Bref une gestion de bon père de famille, qui sait économiser quand les récoltes sont mauvaises, mais aussi se priver au besoin pour nourrir ses enfants. Sans en faire des enfants gâtés pour autant.

Un accord consensuel qui pourrait réunir l’Entente, les Verts et pourquoi pas les modérés au sein du PS et des populistes. François Longchamp l'a esquissé hier soir: "Si je devais choisir entre l'emploi et l'impôt, je choisirais l'impôt". Parce que les politiques anticycliques sont aussi de la responsabilité d'un gouvernement qui travaille à l'intérêt général.
Ce serait la logique bien helvétique du partenariat qui prévaudrait, plutôt que l’affrontement camp contre camp, à la française ou à la valaisanne…
Il n’est jamais trop tard pour entendre la voix de la raison.
Et pour mes amis du PLR qui ont peur que l’on vienne leur faire les poches, j’aimerais leur rappeler qu’il vaut mieux travailler à avoir de quoi les remplir ( = aux conditions cadre du fonctionnement économique et donc à lutter contre le protectionnisme) que de risquer d’oblitérer cette possibilité par crainte de perdre la monnaie qui y est déjà.  

05/02/2013

Métastases, Cancer et Genevoiseries

Le MCG n’a pas apprécié que je l’assimile, sur Facebook, à un cancer gangrénant la société genevoise. Une image, bien sûr, chacun sait qu’un cancer ne gangrène pas, il répand son fiel par métastases. La dernière en date est une plainte pénale à mon encontre, avant même que j’ai publié le présent texte dans mon blog. Une tumeur maligne qui prétend restreindre la liberté d’expression dans notre République, paralyser de terreur quiconque s’en prendrait, par la plume ou la parole, au sacro-saint parti. Un véritable rouleau compresseur : il y a quelques jours, un simple esclandre dans un bistrot a suscité, en quelques heures, des dizaines de prises de position indignées des membres dans tous les médias de la République et de la toile. Plus trois communiqués officiels de la direction du parti…

En vérité, mon analyse politique reste fort civile en regard des flots d’agressivité distillés par le MCG à l’égard de nos autorités, de la France et des frontaliers. J’ai conservé, dans un recoin de mes disques durs, les torrents de haine et d’injures déversés quotidiennement par les blogs d’Eric Stauffer il y a quelques années. Depuis, la tension n’a fait que monter. Le premier mégaphone du parti, Pascal Décaillet, n’hésite plus à parler de guerre. Il légitime de fait la détestation de son prochain. Comme si, à l’intérieur de la République, le respect était dû à quiconque, tandis qu’à l’inverse, il était normal de n’avoir que mépris, condescendance et peur à l’égard de ce qui vient d’outre-frontière.

A force de côtoyer d’autres politiciens, les semeurs de zizanie sont parvenus à répandre leurs métastases, partageant un ressentiment irrationnel à l’égard de notre grand voisin. Un réservoir de voix fanatisées, précieuses aux élections… Sans autre perspective qu’un conflit ouvert, qui nous ramènerait aux heures sombres de notre histoire, synonymes de blocus et de récession économique. Par notre faute, parce qu’un petit groupe irresponsable espère que cela renforce leur emprise sur la société genevoise.

Il y a certes des désaccords avec la France, qui réclame que son Etat de droit, sa fiscalité et ses lois soient respectées. Cela remet en cause certaines pratiques passées, dont la Suisse et Genève ont bien profité. Il y eut de part et d’autre des manquements graves, certains avérés comme la manière dont certaines banques travaillaient clandestinement et illégalement en France, d’autres suspectés, comme les tentatives d‘officines françaises d’ausculter les fichiers desdites banques. On reste néanmoins dans le dialogue à fleurets mouchetés entre Etats civilisés. Une partie d’échecs où l’on règle les désaccords financiers par des voies contractuelles ou diplomatiques, le cas échéant judiciaires. Il ne s’agit pas pour autant d’une guerre et heureusement pour nous, car la Suisse et Genève conservent tous leurs droits à s’exprimer et à justifier leur point de vue. Posément, sans l’agressivité jappante d’un chihuahua, même en manchon de fourrure, à l’égard du saint-bernard.

Cette posture anti-française est stupide. Nous traitons tous les jours, à chaque minute, des centaines, des milliers d’opérations diverses avec cet Hexagone dans lequel nous sommes si étroitement imbriqués. Que certains Français soient insupportables et prétentieux, ignorant des réalités genevoises et helvétiques, c’est indéniable. Toutefois, des abrutis, on en trouve tout autant à Genève. Les problèmes commencent lorsqu’on prend parti pour ou contre un abruti du seul fait de son passeport.

Voué à l’accession au pouvoir de ses dirigeants, comme tout parti, le MCG n’est ni altruiste, ni voué au bien de la population, ni préservé des copinages et des magouilles. J’ai déjà été approché par deux de ses élus, qui m’ont fait miroiter la même chose : « on est une vraie famille, on s’entraide, on ne se tire pas dans les pattes… » Ce qui effectivement change considérablement des habitudes libérales :-). C’est la même idée maffieuse de solidarité clanique qui leur sert de ligne politique : défendre les résidents contre l’ennemi non membre du gang, le frontalier. Et tant pis si les prises de position qui en résultent se contredisent entre elles : le but n’est pas de les mettre en œuvre, les contradictions deviendraient vite évidentes, mais juste de ramasser des voix. 

Ainsi, le MCG ne veut ni augmenter les impôts, ni réduire les prestations aux très nombreux fonctionnaires genevois. Pour payer, il prétend sacrifier la culture. Ce qui jetterait au chômage quelques milliers de résidents… Pas grave on leur trouvera du travail à la place des frontaliers… Le non-résident, voilà l’ennemi. Sauf que plusieurs dizaines de milliers de nouveaux non-résidents à passeport suisse votent désormais à Genève… Alors on se contorsionne pour différencier le méchant frontalier français sans droit de vote du gentil frontalier suisse qui vote... Pourtant ce que reproche le MCG aux frontaliers, c’est de bénéficier de conditions de vie nettement meilleur marché en France. Ce qui est autant le cas des frontaliers suisses que des frontaliers français… Sans oublier que les Vaudois ne paient pas un sou d’impôt à Genève, tout en résidant eux aussi dans des contrées moins chères. Mais non, le frontalier français, voilà l’ennemi !

Pour le MCG et son mentor Décaillet, les bilatérales et la libre circulation sont le diable… Drôle de diable, qui a permis à Genève de rester en croissance, tandis que la crise de 2007 terrassait le reste du monde et notre géant voisin. Bilatérales et libre circulation n’ont pas que des avantages, nobody’s perfect, mais sans elles, où en serions-nous ? Entre 1992 (rejet de l’EEE) et l’entrée en vigueur de la libre circulation, la Suisse a progressé moins vite que ses voisins. La récession menaçait et le chômage grimpait. Parce que nous vivons de notre commerce avec nos voisins. Jusqu’en 92, la Suisse avait caracolé en tête, sortie intacte de la guerre, puis profitant de ses échanges avec l’Europe à six en pleine croissance des Trente Glorieuses. Sauf que les règles et le contexte économique d’alors ont changé.

La Suisse ne peut pas décider seule des règles du jeu, surtout après avoir refusé de participer au comité d’élaboration des règles. Bien des observateurs se demandent pourquoi elle semble la cible numéro un, là où le Luxembourg et d’autres s’en sortent... C’est pourtant limpide : ces autres-là sont membres de l’UE. Ou, plus lointains, protégés par un des supergrands acteurs économiques du monde : USA, Chine, Ligue Arabe… pas la Suisse. Nous sommes seuls et sans ami, par notre seule et unique faute. Le prix de l’Alleingang et d’une certaine suffisance… Beaucoup plus grave, le gros du savoir-faire industriel occidental a été transféré dans des pays à moindre coût. Ce qui a permis à ces pays de booster leur développement et peu à peu de nous rejoindre. Genève, si elle veut maintenir son niveau de vie, donc ses coûts de personnel astronomiques en comparaison internationale, n’a qu’une seule issue: haut de gamme, forte valeur ajoutée et technologies de pointe.

Cela nécessite du personnel de haut niveau, que la main d’œuvre locale ne suffit pas à fournir. Des gens qu’il faut loger. Sans la libre circulation, qui permet à des européens de s’établir dans le Genevois français pour travailler en Suisse, la réussite économique de ces dernières années serait impossible. La situation de l’immobilier ne serait pas meilleure, car on n’aurait pas construit davantage. Par contre, quelques dizaines de milliers de Suisses n’auraient pas pu s’établir dans le Genevois français. Ils pèseraient bien davantage sur le marché genevois que les quelques milliers d’expatriés qui se sont logés à Genève dans le même laps de temps. Parce que même si la population indigène croit peu, la demande de logement augmente bien plus vite: des familles divorcent (et il faut deux grands apparts pour recevoir les enfants) ; des enfants quittent la maison (mais les parents restent dans le grand appartement loué au prix d’il y a 30 ans) ; même les veufs ou les veuves restent dans les grands appartements (pour ne pas payer plus cher pour plus petit…)

Pour les gens d’ici qui n’ont pas les capacités ou la formation nécessaire à cette course à la qualité, il faut développer des emplois adaptés. Mais cela coûte, et mieux vaut pour y faire face avoir une économie qui ne fonctionne pas au ralenti. Ce qui adviendrait avec le MCG : si l’on abandonne le terrain de l’excellence, ou si l’on se coupe de nos débouchés, qui restent principalement et d’abord les marchés voisins, on se replace dans la même catégorie que nos voisins, avec les mêmes résultats, peut-être même pires, car nos produits resteront plus chers. En fait depuis les années 30, on n’avait plus vraiment vu de parti en mesure d’accéder au gouvernement qui soit prêt à pratiquer la politique du pire pour asseoir son pouvoir, au détriment de l’intérêt général.

Même sur le plan de la sécurité, le MCG ment. Tout le monde connait les clefs d’une amélioration: aggraver les peines, créer des places de prison et augmenter la présence policière dans la rue. Le premier dépend de la justice, donc des lois, pour l’essentiel fédérales. Le poids du MCG en la matière est quasi nul. Les places de prison, le Gouvernement s’y emploie. Reste la présence policière. Genève sous-traite depuis des siècles sa sécurité à du personnel ne venant pas du Canton. La proportion de policiers valaisans ou fribourgeois reste considérable, mais ils ne sont plus assez nombreux. Des auxiliaires frontaliers permettraient de résoudre les problèmes de recrutement au meilleur prix. Mais le MCG ne veut pas en entendre parler, agissant en syndicat de gendarmes plutôt qu’en parti politique soucieux de l’intérêt collectif. En plus de la peur irrationnelle du géant voisin qu’il distille par tous les pores de la peau.

Pourtant, comme l’écrivait Denis de Rougemont, c’est dans l’Europe que pourront le mieux se construire et se préserver les autonomies régionales. On vient de découvrir les premières conséquences de cette animosité vindicative : des dents cassées à Argentières… Dans tous les aéroports du monde, les hôteliers utilisent des navettes pour amener leurs clients depuis l’aéroport et vice versa. Sauf à Genève, où l’on voudrait imposer aux hôteliers savoyards le recours, à prix d’or, à des taxis suisses. Ce grâce à l’intervention surmédiatisée d’Eric Stauffer, qui a obtenu la mise en place permanente d’un agent de sécurité à l’aéroport... Au lieu de régler le problème par une négociation régionale et par l’accès réservé à un parking d’attente pour des navettes dûment enregistrées. Car les navettes n’étant pas des taxis à la demande, ne doivent pas relever des mêmes lois. Par ailleurs, pour la jurisprudence fédérale, les sociétés de transport non-genevoises n’ont pas à payer de taxes dans le canton de Genève…

Il est illusoire de penser qu’un britannique lambda payera 400 CHF un taxi pour aller skier à Chamonix, plus cher que son vol depuis Londres ou Glasgow. La région et l’aéroport risquent juste de perdre un client. Qui en principe est Roi, sauf avec le MCG aux commandes.  Une concertation avec nos voisins aurait permis de lever les lièvres subsistant de part et d’autre (par exemple la tva en France pour les taxis genevois, prélevée à bien plaire…). Au lieu de cela, à cause du MCG, on saisit la lorgnette par le petit bout et l’on en fait une lunette de visée, pour tirer sur les voisins. Parmi lesquels  il y a aussi quelques excités, qui ne peuvent que riposter. Tout laisse à penser que c’est exactement ce que cherche le MCG : envenimer les choses !

Eric Stauffer a foncé tête baissée, sans regarder devant, derrière, ou sur les côtés, juste le bout de ses pieds. Comme lors de ce débat sur Facebook, à propos de la fusion des caisses de pension. Après soixante commentaires de divers politiciens, Eric Stauffer intervient pour prétendre que le MCG, en 2005 déjà, dénonçait le scandale… Et là surprise, les textes qu’il colle parlent tous de… l’assurance maladie !  Atteindre un tel degré de confusion mentale en public, il n’y a qu’au MCG qu’un leader politique peut se le permettre sans conséquence. La dernière « acquisition » du MCG confirme la règle. L’ancien N°2 de la police cantonale – et à ce titre au courant de tout, avant tout le monde – explique ainsi qu’il n’aime pas trop les radicaux qui soutiennent l’Etat… Mais dit entrer au MCG pour soutenir la fonction publique ! Il confesse aussi « ne pas aimer être commandé »… Après avoir choisi de servir dans un corps à la hiérarchie militaire !  

Il y a une catégorie de politiques dont il faut se méfier par-dessus tout, ce sont les politiques à vocation messianique. Eric Stauffer en est l’archétype, parfaitement contraire à la mentalité helvétique au demeurant, puisqu’il semble affligé d’une idée fixe : faire en sorte que sa tête dépasse… Ce qui lui vaut un certain succès parmi les déçus de la prospérité générale. Dès lors, il devient inutile de chercher à évaluer les véritables capacités du bonhomme, même si son passé dans le privé et ses nombreuses faillites les laisse supposer relatives… L’admiration que lui vouent ses fidèles repose sur un acte de foi, sur la crédulité qu’il parvient à engendrer chez eux. C’est dangereux. Très dangereux. A fortiori quand un parti populiste tel que le MCG cumule chef messianique et enracinement anormalement élevé au sein des corps armés en uniforme. Même en retraite.

 

 

 

PS: Pour ce qui concerne l'affaire des horions d'Argentières, j'ai depuis reçu le très intéressant éclairage ci-dessous, apporté par un taxi de mes amis, responsable syndical, que les intéressés reconnaitront :  

Je rebondis en quelques mots sur ton texte afin d'apporter quelques compléments qui te permettront de mieux cerner la problématique des transporteurs professionnels à l'aéroport.
Les taxis genevois n'ont jamais demandé ni bataillé pour la suppression ou la diminution d'une saine concurrence dans le domaine du transport de personnes.
Tout au plus demandons nous l'applications des règles élémentaires qui assurent la loyauté d'une telle concurrence.
Tu seras peut-être surpris d'apprendre que les taxis français se joignent à nos revendications pour dénoncer ces transporteurs sauvages qui sont pour la plupart des sous-traitants en provenance d'Angleterre, l'Italie, de Pologne et de Lituanie. Les chauffeurs n'ont pas de permis professionnel et seraient susceptibles d'être attaqués par les assurances en cas d'accident. Ils ne paient pas les émoluments prévus par les différentes lois et règlements nationaux puisqu'ils ne sont pas déclarés. Ce qui nous mène dans la situation absurde où les services en charge de l'application de la loi (Scom) ne sanctionne que les administrés enregistrés qui jouent le jeu et se prétend incompétent pour traiter les tricheurs. La coopération trans-frontalière avec l'URSAF est difficile, mais les contacts sont pris et les douanes semblent jouer le jeu.
Je suis en contact avec A. Vieillard pour essayer de trouver des solutions d'harmonisation qui permettraient de lisser les différences qui faussent la concurrence entre les divers acteurs. J'ai évoqué les conventions qui régissent la zone franche sans les connaitre, mais avec l'idée qu'elles pourraient être mises à jour et englober ces aspects.
Certes la légalité de l'encaissement d'un émolument pour la prise en charge de clients à l'aéroport est susceptible d'être remise en compte par des recours, notamment sur la base de ce qui s'est fait dans le cadre de la LMI. Le TF a donné raison aux confédérés contre le prélèvement d'une telle taxe.
Pourtant il est important de mettre en place des structures sur le site de l'aéroport qui permette le contrôle de l'activité ne serait-ce que pour garantir la sécurité des passagers qui font, en toute bonne foi, appel à un transporteur censé être légal, assuré et équipé. Ces structures et leur exploitation ont un coût qui doit être pris en charge par les prestataires. Les taxis genevois ont récemment fait des propositions pour participer à ce financement. Ils sont aussi concernés par des manquements à la LTaxis, notamment les refus de petites courses pour n'évoquer que le plus scandaleux.

Je partage tes inquiétudes sur la montée du MCG ainsi que la plupart de tes remarques à leur sujet.
Je suis aussi parfaitement conscient que Stauffer utilise les taxis pour avoir plus de visibilité.
Nous ne sommes pas dupes, comme j'ai eu l'occasion de le relever à Léman bleu. Cependant, nous avions besoin d'un relai politique au CA de l'aéroport pour dénoncer ces irrégularités avec un minimum de chance d'être écoutés, à défaut d'être entendus.
Je travaille sur ce dossier depuis plus de 4 ans en commission consultative. Nous avons noirci des tonnes de papier pour rien. Il a suffit du coup de gueule du troublion de la république pour qu'enfin les autorités bougent.
Je trouve ça parfaitement scandaleux. Et je passe pour un faible aux yeux de la profession parce que je n'ai pas voulu favoriser le rapport de force et les coups d'éclats.

24/01/2013

De Bamako à Tombouctou, touareg et islamistes

Il y a un problème targui. Ou touareg au pluriel. Ou tamashek, dans leur langue. Ou encore « hommes bleus » du nom de la teinture indigo qu’ils utilisent à grande échelle pour leurs habits traditionnels. Mieux que des habits blancs, elle préserve leur taux d’humidité corporelle face à l’implacable soleil de ce Sahara qu’ils sillonnent depuis toujours. Mais l’occident – et la France – auraient tort de se laisser embrigader sans trop réfléchir, comme en d’autres temps, derrière un discours de pure propagande, c’est-à-dire largement mensonger.  

Les leaders du MLNA, qui parcourent actuellement l’Europe ne sont pas des petits saints. Il existe une grande perméabilité de leurs militants et combattants avec les islamistes d’ Ansar Dine et s’il fallait classer ces deux groupes sur l’échiquier politique genevois, je dirais que l’un serait l’UDC et l’autre le MCG… Des nationalistes d’extrême-droite, très actifs mais minoritaires au sein même des populations touareg et qui n’en possèdent pas moins la déplorable habitude de se considérer comme « le peuple ».

La différence entre les deux, c’est leur degré d’islamisme. Les uns sont des fous de dieu, les autres plutôt des nationalistes classiques. Sauf que le peuple touareg est une ethnie, éventuellement un groupe de tribus nomades, mais en aucun cas une nation et encore moins un Etat, ce qu’il n’a jamais été. Contrairement aux empires songhaïs ou plus généralement mandingues qui sont les véritables maîtres du Nord Mali et de ses villes depuis l’époque romaine. Car le Mali est, en Afrique de l’Ouest le pays où l’on trouve les sources historiques – c’est-à-dire écrites – les plus anciennes.

D’abord, les touareg sont des blancs, à l’origine, cousins des Tamazighs et autres schleus d’Afrique du Nord. Le fait d’avoir conservé leur spécificité visible au fil des siècles et au sein de populations nettement plus colorées, en dit assez sur la vigueur de leurs attachements tribaux. Mais lorsque certains africains noirs les accusent d’être des suprémacistes, ils n’ont pas complètement tort. Même si le racisme est rarement à sens unique.

Grossièrement, les touareg sont des nomades, les maîtres des caravanes qui transportent l’or, le sel et les esclaves - généralement noirs – à travers le Sahara depuis plus de 2000 ans. Cela crée des liens, pas toujours amicaux, surtout lorsque les uns ont tendance à être les esclaves et les autres les esclavagistes. Mais les touareg n’ont pas vraiment de territoire à eux. Ou plutôt, ils nomadisent au sein d’un immense territoire s’étalant sur plusieurs pays, principalement le Mali, la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, le Niger, le Nigéria et le Burkina Faso. Mais on trouve des commerçants touareg jusqu’au bord de la mer à Lomé ou Abidjan.

Dans leur immense territoire, il y a des villes. Notamment au Mali, le long du fleuve Niger et près des mines d’or. Qui sont peuplées d’ethnies noires, non touareg, depuis plus de 2000 ans pour certaines. La population touareg représente environ 12% de la population du Nord Mali. 12% seulement. Même si cela se pratique encore malheureusement en certaines régions du monde, il est illusoire et réactionnaire de prétendre diriger un pays sur des bases ethniques, religieuses ou séparatistes culturelles, à fortiori lorsqu’on ne représente que 12% de sa population et qu’une toute petite partie de ses activités économiques : soit la guerre et le commerce. Tandis que les peuhls sont éleveurs, les songhaïs pêcheurs, cultivateurs, mineurs etc. Mais surtout urbanisés.

Les touareg sont incontestablement un peuple fier, doté de coutumes attachantes. Mon ancienne professeure de l’Ecole Pratique, Germaine Tillion, était intarissable sur les coutumes berbères. Leur connaissance du désert est infinie. Ils en ont bien profité des années durant, à l’époque du Paris-Dakar, servant de guides à toute l’organisation. Des fortunes s’y sont faites. Puis le Dakar a changé de cieux, non sans conserver le nom de Dakar d’ailleurs, alors qu’il ne met plus les pieds en Afrique, ce qui est clairement un scandale. Perte sèche pour les touareg, dont certains se sont radicalisés et ont pris les armes.

Leur chef historique était un ancien guide du Dakar, il était super-copain avec des floppées de journalistes et d’aventuriers français, tout est parti de là. Lorsqu’il a pris les armes contre le gouvernement malien - non sans raison d’ailleurs car les touareg étaient à l’époque ostracisés par Bamako – il a été soutenu. Depuis, le Mali a fait énormément pour le Nord, les nordistes et les touareg en particulier. Avec le soutien financier de l’Union européenne, plus de 170 millions d'euros ont été déversés sur le nord, en infrastructures, ce qui est considérable. Des centaines de touareg (sur une population de cent cinquante mille personnes, soit 1% de la population malienne totale) ont accédé à des postes d’officiers supérieurs, de présidents ou directeurs d’entreprise publique, etc…

La grande majorité des touareg sont aujourd’hui bien intégrés dans la société malienne et fiers de l’être. L’Islam qu’ils pratiquent reste empreint de pratiques traditionnelles préislamiques et leurs femmes demeurent bien plus libres que dans les strictes pratiques arabes. Exactement comme pour l’ensemble des communautés noires islamisées du Sahel et d’Afrique de l’Ouest. En ces contrées, l’islamisme n’est pas comme un poisson dans l’eau. Culturellement et malgré la pauvreté ambiante, l’Islam pacifique résiste.

Même si c’est difficile, si l’avenir semble bouché et malgré les milliards déversés par les wahhabites depuis bientôt cinquante ans. Ce qui a permis d’ouvrir des milliers de petites mosquées dans le moindre village, de Tombouctou à Lomé. Une tentative de colonisation des sols et des esprits auxquels participent fort activement certains frères genevois et musulmans, soit dit-en-passant.  Sous couvert d’un Islam moderniste et responsable bien sûr, restons civilisés, sauf que lorsque la question devient militaire, ils condamnent clairement l’attaque portée contre les fous de dieu. Comme leurs autres frères égyptiens.

D’une manière ou d’une autre, le Mali comme tous les Etats d’Afrique, a urgemment à se préoccuper de sa décentralisation. Une vraie régionalisation, sur un mode fédéral serait souvent LA bonne solution aux problèmes ethniques et c’est aussi indispensable que le panafricanisme. Le modèle centralisé français n’est pas le bon modèle au plan administratif, et l’Afrique met du temps à s’en apercevoir. Elle a quelques circonstances atténuantes puisque mes chers compatriotes français ne s’en sont toujours pas aperçu non plus. Ou plus exactement le centralisme jacobin a fonctionné au prix de près d’un siècle de massacres et de vexations, depuis les chouans jusqu’à l’interdiction des langues locales dans l’école laïque et obligatoire de Jules Ferry.

Le Mali doit achever de régler sa question touareg et le faire dans le respect et la mise en valeur de ses minorités. Même si le fait que les touareg partagent le territoire avec d’autres complique diablement les choses. Et même si les fachos laïcs du MLNA potes avec les islamistes d'Ansar Dine ont fusillé ou égorgé en une journée près de 200 soldats maliens qui s’était rendus, il y a un an à Tessalit. La vengeance est mauvaise conseillère, en plus de n’être ni islamique, ni chrétienne, ni humaniste.

21/12/2012

Depardieu et les Banques de Milan

Nous sommes gentiment en train de passer de "Tout va très bien Mme la Marquise, et donnons leur de la brioche" à "Tout ce qui a de l'argent et en gagne beaucoup est méchant, pourri et condamnable. Sauf moi!"

Le glissement est assez progressif et s'explique aisément. Trente années d'excès d'ostentation des riches, au milieu d'une classe moyenne qui galère ou même s'appauvrit, cela laisse forcément des traces et crée de l'animosité. A fortiori lorsque les magouilles nombreuses explosent à la surface.

Les banques sont ainsi devenues le Grand Satan, le mal absolu. L'histoire de Milan est significative. Parce que dans ce cas, au contraire de toutes les histoires nauséabondes sorties ces derniers temps, la malversation est quand même très relative. 

1) la restructuration de la dette conclue à l'époque l'a été entre personnes libres et consentantes et l'on peut supposer que la Mairie de Milan, ville la plus riche d'Italie, a les moyens de se payer un excellent conseiller financier quand elle négocie un prêt de plus d'un milliard et demi. Si elle ne le fait pas, elle est en tort.

2) le prêt restructuré en question présentait un meilleur taux, mais en échange une part de risque. Ce risque était connu et annoncé et il est impossible que la mairie de Milan n'ait pas pris sa décision en connaissance de cause. Par contre, ce que personne n'avait prévu en 2005, c'est l'effondrement catastrophique des valeurs en 2007 qui a déréglé le système.

Que les banques en aient tiré profit, cela prouve juste que leurs conseillers étaient meilleurs que ceux de Milan. Qu'elles aient accepté de rendre 455 millions car il est effectivement injuste que certains tirent profit d'un changement de paradigme imprévu (encore que pas imprévisible) c'est correct. Mais qu'elles soient encore poursuivies ensuite sous prétexte que les banquiers sont les méchants, là on sort d'un cadre équitable et ce que la justice italienne va juste arriver à faire, c'est renchérir le coût du crédit pour les collectivités publiques. Parce que les prêteurs vont devoir inclure des frais d'assurances juridiques supplémentaires. 

 

C'est la même chose pour Depardieu. Je n'aime pas les stars qui surjouent dans la vie, pire qu'au cinéma. Comme Depardieu ou Delon, autre exilé fiscal notoire, qui lui au moins avait le bon goût d'hésiter entre Genève et la Belgique. Au point de ne plus trop bien savoir où il immatriculait ses Porsche...  Mais Depardieu n'a rien fait d'illégal. Déménager ailleurs que dans on pays d'origine, qui plus est au sein de l'UE pour un citoyen européen, c'est un droit qui devrait être inaliénable. Que ce soit pour chercher fortune, ou pour protéger la sienne, c'est un choix personnel. Lorsque Omar Porras décide de s'établir à Genève pour faire vivre son art, parce qu'il estime qu'il trouvera là de meilleurs conditions pour y parvenir - notamment des conditions matérielles - il fait un choix que personne à gauche n'oserait contester. 

Que Torreton rentre dans le cadre du gros Gégé alors que lui-même a profité plus d'une année d'un revenu de plus de 4000 euros par mois en tant qu'élu parisien alors qu'il n'habitait plus Paris et n'a pas mis une seule fois les pieds au conseil où il était censé siéger, c'est très symbolique. Que le même ose prétendre que Depardieu finance ses films avec l'argent du contribuable, alors que c'est l'inverse, soit le succès des films de Depardieu qui participe au financement de plus de 300 films français déficitaires par année, cela devient grotesque. Mais ça marche. Lorsque l'hallali du lynch médiatique et populaire a sonné, n'importe quelle accusation fonctionne. 

Depardieu est riche parce qu'un paquet de gens ont choisi, sans aucun pistolet sur la tempe, d'aller voir ses films. Ce qui n'a rien que de très honorable, en dehors du fait que cela ne lui donne pas le droit de conduire bourré ou de faire pipi dans les avions.

Les délires socialo-patriotiques de certains élus de gauche dans ce contexte sont insupportables. Tout le monde aime l'argent et personne ne le partage de gaieté de coeur avec n'importe qui. Or un Etat, c'est vous et moi, mais aussi n'importe qui. Cela prend des mesures sympas et d'autres qui nous déplaisent. Mais c'est la démocratie. Qui doit rester la seule mesure et le vrai régulateur de la fiscalité. Pas la concurrence fiscale, qui génère un paquet d'effets pervers: les états bénéficiaires, généralement petits, peuvent alléger leurs charges, tandis que les perdants (les gros) doivent augmenter les leurs. C'est le contraire d'une régulation. En revanche ce qui est vrai, c'est que trop d'impôt tue l'impôt, étrangle l'économie. L'Etat doit réduire son train de vie d'Etat. Mais seule l'élection et la réélection peuvent être les juges de paix du taux d'imposition. En se souvenant tout de même que si les très riches paient davantage au cours de la vie, ou au moment de la transmission, les classes moyennes seront moins ponctionnées et l'économie globale ne s'en portera que mieux (au contraire de l'écologie d'ailleurs) par la croissance de la consommation. 

Pour y parvenir, il y a une solution très simple, qui se trouve d'ailleurs être la seule raisonnable dans la situation d'interdépendance étroite qui unit tous les Etats de la planète, à fortiori en Europe: davantage d'intégration, davantage d'Europe, davantage de gouvernance mondiale et d'harmonisation fiscale et moins de souveraineté nationale. Ce qui ne signifie pas moins d'autonomie locale dans la plupart des domaines. Le problème, c'est que pour d'obscures raisons, la majeure partie de la gauche comme de la droite sont aujourd'hui convaincues - contre toute logique - que l'alleingang national et patriotique est la meilleure solution. C'est la pire. Je souhaite juste tous les jours que nos enfants - et nous mêmes - n'aient pas trop à en pâtir. 

 

15/12/2012

Suisse-UE, banques: quand Nidegger se tire une rafale dans le pied

J'ai bien souri en découvrant la dernière bourde d'Yves Nidegger, qui démontre, dans la Tribune de Genève de vendredi, l'exact contraire de ce qu'il veut dire et ressasse depuis des lustres en matière d'Europe et d'évasion fiscale. J'ai ri jaune en revanche en constatant qu'une fois encore, à lire les commentaires, l'extrême-droite pouvait bien anoner les pires âneries, elle disposait d'un socle assez épais de convaincus qui criaient "rouge" quand c'était écrit "bleu" du moment que leurs leaders même pas charismatiques le leur demandait... Heureusement, c'est la même chose à l'extrême-gauche, alors ça équilibre :-)  

Résumons, Nidegger nous sort un extrait d'un rapport du sénat français sur le secret bancaire qui explique et là je cite Nidegger :

" Le plus choquant c'est le but avoué des Français, à savoir de nous attaquer pour atteindre d'autres pays membres de l'UE comme le Luxembourg et l'Autriche. Cela montre que le grand public, la classe politique et les médias ne vont pas assez loin dans leur analyse: ils continuent de croire que la croisade morale pour une fiscalité honnête serait le vrai motif de ce qui nous arrive."

Or précisément, le fait qu'un Etat membre de l'UE passe par la Suisse pour atteindre le secret bancaire et les membres de l'UE qui l'utilisent prouve deux choses. Les deux infirment les stupides théories de l'UDC:

 1) le but premier et ultime de la croisade est bel et bien le secret bancaire et l'évasion fiscale. Ce n'est pas la Suisse parce qu'on serait méchants ou riches qui est visée, mais un système qui dépouille les démocraties de leurs ressources. Du coup les démocraties en sont réduites à imposer davantage leurs classes moyennes qui n'ont ni les moyens ni l'opportunité de faire de l'évasion. Ce qui déstabilise toute la société occidentale, y compris la Suisse à terme.

2) la France manque de munitions à l'égard de membres de l'UE. Donc elle attaque le maillon faible d'une alliance de petits pays défendant le secret bancaire. Ce maillon faible, c'est évidemment celui qui n'est pas protégé par l'UE. CQFD. Si nous étions rentré dans l'UE, ou même dans l'EEE, nous aurions eu droit à davantage d'égards et nous aurions pu peser dans les décisions. De plus, l'UE n'aurait pas le sentiment de se faire piller par un pirate étranger. L'UDC devrait savoir que de se faire plumer par un étranger, pychologiquement, c'est bien pire que de voir un associé utiliser habilement les règles définies en commun.

 

Au passage, il est judicieux de rappeler que l'alliance des petits pays pratiquant le secret bancaire, y compris à l'intérieur de l'UE, à largement été suscitée par la Suisse et qu'elle a plutôt bien fonctionné, comme défense visant à retarder l'attaque. Le Conseil Fédéral et l'ASB sont loin de rester inactifs et comme le rappelait fort justement à la RTS David Hiler - par ailleurs opposant assumé du secret bancaire : il fallait trouver le temps d'aménager une solution pour ne pas laisser honteusement en rase campagne des gens à qui nous avions promis protection. Ce temps a été mis à contribution pour conclure honorablement des relations commerciales qui n'avaient plus lieu d'être. Même si Rubik ne devait avoir qu'un temps (car il est d'ores et déjà une réalité, même partielle), il aura au moins servi à cela. Dorénavant, place à l'avenir et à une place financière propre.

Tout cela démontre aussi que les cris d'orfraie d'une journaliste par ailleurs talentueuse qui s'époumone à rappeler sans cesse l'existence du Delaware et de Singapour sont largement dépassés. L'objectif des grandes économies de la planète et notamment de la France, mais pas que la France est de mettre fin à une concurrence fiscale échevelée qui cause davantage de dégâts qu'elle n'apporte de bienfaits. Avec l'appui éclairé des organisations internationales, et des sommets du G20 ou de l'OCDE, les choses se mettent en place peu à peu, comme je l'ai montré dans mon film "Le Secret des Dieux". Il ya belle lurette que tous les transferts de fonds qui ne s'effectuent pas en cash dans une mallette sont sous l'oeil de Big Brother. Et même les mallettes, lorsqu'il s'agit de les remplir, ça laisse des traces de nos jours. Ceux qui croient avoir déménagé clandestinement leurs avoirs à Dubai ou à Singapour, plutôt que de choisir de les régulariser, ne vont pas tarder à l'apprendre à leurs dépens.

Cela prend du temps, c'est compliqué, il y a des intérêts nationaux à ménager et de puissants intérêts privés qui jouent la montre. Mais in fine, on y vient et l'on s'en rapprochera toujours davantage. Même les trusts ne sont pas éternels. Parce que la concurrence et l'évasion fiscales mondiales présentent un inconvénient majeur: étendre démesurément l'échelle des revenus en constituant une classe d'hyperriches hors d'atteinte. Enfin presque hors d'atteinte, l'extradition aux Etats-Unis d'un milliardaire accusé de meurtre au Guatemala est un excellent signal: l'argent, même kolossal, ne peut plus tout acheter.  

Sans forcément croire en la main invisible, on décèle aisément dans l'Histoire - pas seulement économique - des mouvements de balancier qui tendent à réduire les trop grands déséquilibres. Celui de l'ascenseur pris par l'échelle des revenus dans le monde depuis trente ans en est un. Que l'UDC, le MCG, MMes Nidegger et Poggia le veuillent ou non, le secret bancaire et la concurrence fiscale exacerbée qu'on a connu sont condamnés par l'Histoire. Si l'extrême-droite veut mener son combat d'arrière-garde, c'est son droit. Mais elle doit être consciente qu'alors, elle nuit gravement aux intérêts du pays et de ses habitants, dans l'unique espoir de victoires électorales personnelles. Exploiter le sentiment patriotique naturel, la fierté brute et l'exaspération, ça rapporte au début, mais moi, à leur place, j'éviterais de parier trop longtemps sur la bêtise des gens. 

En revanche, j'ai trouvé habile la proposition de Nidegger d'offrir à l'UE le cautionnement par la Suisse de la dette grecque, dans le cadre d'un accord global à négocier. Pourquoi pas. Cela permettrait à la Grèce d'abaisser considérablement ses taux d'intérêts, avant même d'avoir eu à débourser le moindre centime. A voir bien sûr ce que l'on obtiendrait en échange. Mais quand elle le veut, l'UDC semble découvrir ce que négociation veut dire: donner et recevoir, dans le cadre de rapports de force et en fonction des monnaies d'échange à disposition. Pas juste faire le hérisson devant la roue du camion...

 

 

08/12/2012

Suisse, France, Europe : les fausses conclusions de l'AGEFI

Dans l’Agefi, que nous lisons à nouveau depuis que Grégoire y travaille, François Schaller s’est récemment fendu d’un édito indigne de sa fonction de rédacteur en chef d’une feuille économique. Il commence par le rappel bienvenu d’un constat oublié : les dix premières années qui ont suivi le rejet populaire de l’EEE ont été catastrophiques pour la Suisse. « Croissance anémique » rappelle-t-il au point qu’il a bien fallu conclure les bilatérales, qui ont renversé la tendance, plus que brillamment.

C’est là que Schaller joue à Mandrake le Magicien en escamotant les vraies causes du redressement spectaculaire qui a suivi, du selon lui à de sérieuses réformes qui auraient modifiées la société suisse en profondeur…  La bonne blague ? Quelles réformes ? Qui en a le souvenir ? Oui, la société suisse a su contenir ses dépenses plutôt que de faire tourner la planche à billets en s’endettant. En même temps, la principale force de la Suisse tient justement au fait que l’argent – des autres - y circule en abondance et s’y prête à des taux d’intérêts relatifs qui sont inférieurs à ce qu’ils sont ailleurs. Au point que même les pays de l’est venaient emprunter en Francs Suisses. Un loyer de l’argent moins cher, ça aide l’entrepreneur à investir et le consommateur à consommer. Sauf que c’était rendu possible par le secret bancaire et qu’il va maintenant falloir faire sans.

Oui la société suisse, une fois les bilatérales – et la libre circulation - acquises est parvenu à maintenir ses parts de marché à l’export et même à les développer. Oui nos entrepreneurs sont plutôt bons, et nos employés ne rechignent pas à bosser 42,5 heures par semaine (avec une productivité horaire nettement inférieure à celle de la France ceci dit), mais tout cela existait avant.  Les conventions collectives existaient avant. Le système social de charges sociales suisses, qui fait payer l’assurance maladie par l’assuré, à prime fixe une fois le salaire reçu, existait avant.  Tout ce fatras administratif français (ou italien) qui fait que 60% de ce que coûte un employé à son patron part en charges collectives alors que c’est 30% seulement en Suisse, cela existait avant. Le fait que l’on puisse virer très facilement un employé (ceux de l’ancienne AGEFI s’en souviennent), ce qui fait que du coup, on embauche plus facilement, cela existait avant. Les lois sur le travail qui tiennent dans une brochure en Suisse alors qu’elles occupent une étagère en France, cela existait avant. La TVA à 8% alors qu’elle est de 19.6% en France, cela existait avant.

En fait, même la tva suisse a légèrement augmenté durant ces dernières années, et la flexibilité à la Suisse tend à se restreindre, au lieu d’augmenter comme le laisserait entendre Schaller. Les statuts d’indépendants, par exemple, grande force de l’économie suisse par la flexibilité économique et libérale qu’elle favorise tendent à devenir de plus en plus étroitement contrôlés. Alors qu’en France, au contraire, Sarkozy a introduit le statut très proche d’auto-entrepreneur, qui pour l’heure n’est pas remis en cause par la gauche.  Bref, Schaller fait dans l’angélisme chauvin pour parvenir à hurler avec les loups et faire plaisir aux populistes qui voient dans la libre circulation l’épouvantail  à abattre.

La vérité, c’est que la structure légale et économique de la Suisse est favorable à l’entreprise et cela ne date pas d’hier. Comme ne date pas d’hier le fait qu’avec son gros salaire, découlant de ce qui précède, l’employé suisse doit faire face à des dépenses bien plus importantes que l’employé français. Ce dernier touche un salaire certes plus petit, mais avec lequel  il n’a pas d’assurance  maladie à payer, et peut au contraire devenir propriétaire de son logement très facilement, grâce à des aides nombreuses, des prix très inférieurs et des conditions d’accession au crédit plus favorables, bien que celui-ci soit globalement plus cher qu’en Suisse. Il n’y a pas que sur l’immobilier que les prix sont très inférieurs en France. Ou très supérieurs en Suisse. On me faisait remarquer hier soir que le prix du livre en Suisse est le prix le plus bas, en comparaison internationale, pour un produit manufacturé de grande consommation, mais malheureusement pour lui, c’est le seul dont le prix en euro en France est affiché sur la couverture… Du coup, les consommateurs-lecteurs ont le sentiment de se faire berner, mais en réalité, la différence de prix sur un médicament, un téléphone portable ou une voiture sont bien plus considérables. Sans parler d’un abonnement combiné tvHD/Internet haut débit/téléphone fixe, qui vaut 100CHF en Suisse et 25 € en France. Chaque mois.    

Au final,  l’employé suisse ne vit pas tellement mieux que le français, à profession égale. Sauf s’ils se mettent tous les deux à voyager ou à acquérir des biens sur le marché international payés en dollars. Ce qui fait aussi que la balance commerciale suisse à l’égard de la Chine est plus favorable que la française, car les Suisses ont les moyens d’acheter mieux que de la daube chinoise. L’avantage énorme de la Suisse, c’est qu’en favorisant l’entreprise, elle dope le jeu économique et l’emploi, là où la bureaucratie française le handicape lourdement. Mais cela était vrai avant les bilatérales, et l’ouverture à l’Europe n’a fait que nous permettre de pousser notre avantage à son maximum.  Si l’on se ferme à l’Europe, on se ferme à ces échanges qui nous donnent l’occasion d’être meilleurs. D’autant que la tendance n’est pas vraiment à l’amélioration de nos avantages. Tout au contraire, l’administration helvétique – puissamment soutenue par le PS et la gauche – tendent tous les jours à rogner ces avantages en corsetant davantage l’économie, rarement là où cela pourrait être justifié.

06/11/2012

CSG, TVA, COMPETITIVITE ET "TAXE DE SEJOUR"

Aujourd’hui, MM Hollande et Ayrault sont censés décider s’ils vont accorder à la France et à ses entreprises un choc de compétitivité. Il est affligeant de constater que nulle part je n’ai lu ou entendu d’analyse correcte. Même pas à « C dans l’air »… Oui, c’est possible d’abaisser les très lourdes charges qui pèsent en France sur les entreprises et pas seulement les charges sociales d’ailleurs : même le coût des transports publics est prélevé sur la masse salariale et plein d’autres petites choses, à coup de 1% là, 0,2% ici, qui tous additionnés finissent par peser pour plus de 60% de ce que coûte un employé à son patron. C’est unique au monde, à ce niveau. Du coup lorsque le chômage augmente, c’est toute l’économie qui tousse et les caisses publiques qui se vident. Il est tout à fait possible de transférer ces coûts sans que cela ait de conséquences néfastes sur les salariés. Ils devraient même y gagner du pouvoir d’achat, les salariés, si l’on contraint le patronat à leur reverser – sous forme d’augmentation de salaire - une part substantielle des prélèvements transférés ailleurs. Le transfert élargissant l’assiette jusqu’alors circonscrite aux seuls salariés.

En utilisant la CSG (qui sert à payer la sécurité sociale), on transfère sur l’ensemble des revenus, qu’ils soient du travail ou du capital. En utilisant la TVA, on transfère sur l’ensemble de la consommation, qu’elle soit le fait de salariés, de rentiers, ou d’assistés sociaux. C’est là où le bât blesse pour un gouvernement de gauche. Parce que si les salariés devraient s’y retrouver et même mieux qu’avant, les chômeurs, Rmistes et autres oisifs involontaires (ou parfois volontaires) vont eux voire leurs dépenses augmenter. Et qu’ils sont aussi des électeurs. C’est donc une décision difficile à prendre, mais c’est une décision nécessaire. Car autant on peut être, comme moi ennemi acharné du protectionnisme, autant l’avantage concédé volontairement à l’importateur parait une énorme absurdité. C’est pourtant ce qui se passe, en France, lorsqu’on fait peser autant de ressources publiques sur le seul travail des français, donc sur les entreprises locales. Cela étant, il est possible d’imaginer des mécanismes de redistribution aux assistés sociaux aussi, si nécessaire.

On voit combien les mécanismes qui régissent nos sociétés sont complexes. Il n’est pas de mesure miracle, ni même de mesure sans « dégâts collatéraux ». Ce qui fait toute la subtilité du jeu politique. On peut comprendre que les députés genevois soient déconcertés à l’idée de devoir passer au peigne fin plusieurs centaines de pages de lignes de budget, sans avoir vraiment de vue d’ensemble. De là à travailler à l’emporte-pièce, il y a une marge. Nous (= Genève, la Suisse, l’Europe, le Monde) sommes en crise, car nous sommes en train de changer de paradigmes et cela n’est jamais simple ni sans douleur. L’Etat Providence a du plomb dans l’aile, car nous n’en avons probablement plus les moyens et nous les aurons certainement moins encore à l’avenir. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer, mais au contraire innover.  Proposer une « flat tax » sur tous, certes minime pour les plus aisés, mais très importante pour les ménages dans le besoin – qu’ils travaillent ou non - ce n’est clairement pas une bonne idée. J’ose espérer qu’elle n’a été posée que pour pouvoir l’enlever prestement de la table des négociations afin de se concentrer sur l’essentiel et le raisonnable. Certains, au PLR, n’ont semble-t-il pas pris la mesure de l’animosité que peut susciter la richesse et l’ostentation, lorsqu’elles débordent sans vergogne et sans humilité. Un comble dans la cité de Calvin.

Après, que l’on réfléchisse aux moyens qui permettrait de faire participer l’ensemble de la société, y compris les oisifs volontaires ou involontaires à son développement, je suis pour. Mais en offrant aux gens la possibilité de donner un peu de ce qu’ils possèdent. Pas de ce dont ils manquent.

25/10/2012

Les TPG moins importants que le foot ou le hockey ?

Si Bertarelli avait du se contenter du savoir-faire lémanique, jamais la Nautique n'aurait remporté la Coupe de l'America. Non pas que nous n'avons pas de bons marins, nous en avons d'excellents. Mais pas suffisamment et pas suffisamment pointus dans le domaine concerné. Organiser un réseau de transports publics à l'échelle régionale c'est un job tout aussi spécifique et qui en tout cas concerne au premier chef la vie quotidienne de centaines de milliers de Genevois. Ce n'est pas juste une planque pour échapper au chômage. Lire comme je l'ai lu dans les commentaires des blogs entre une invitation à fusiller Mme Kunzler et une insulte envers "les Frouzes" qu'il suffisait de former un Genevois, est d'une débilité fondamentale. Qui l'aurait formé ? En combien de temps ? Le candidat sélectionné a l'expérience d'un tel job, et elle est unique. Par ailleurs, pour couper court à la rumeur insistante selon laquelle la France n'engage pas de Suisses, j'aimerais rappeler qu'au milieu des années 2000, le responsable genevois de la mobilité, suisse formé à l'EPFL sauf erreur, a été engagé pour s'occuper de l'implantation du tram dans  des grandes villes françaises. C'est comme au foot, il y a un marché des compétences, et ça tourne. Il y a quelque chose de schyzophrénique et de masochiste à accepter de prendre "le meilleur" pour courir après un ballon ou un puck, mais pas pour organiser nos transports au mieux !

12/10/2012

Toute ressemblance etc etc...

Découvre avec ravissement ce texte historique décrivant Genève en 1526, en pleine ébullition après que le Conseil Général ait voté la combourgeoisie avec Fribourg et Berne, qui chasse virtuellement le Duc de Savoie de la Ville. 

"Ce parti (si l'on peut lui donner ce nom) dont les principaux ne rêvaient que désordre, plaie et bosse, se grossit bientôt de tous les fainéants et mauvais sujets endettés de la ville, prêts à se jeter à corps perdu dans toute entreprise qui pouvait amener un changement dans leur position. D'autres avaient leurs antécédents au sein de cette canaille que les agents ducaux ameutaient naguère contre les magistrats eydguenots. 

Aucun d'eux n'avait fait le moindre sacrifice pour la cause de la liberté. La plupart eussent été trop lâches pour se compromettre individuellement, alors qu'il y avait quelque danger à le faire. Enfoncer les portes, escalader et piller de nuit les maisons des émigrés, lesquelles n'étaient gardées que par des femmes et des enfants; assaillir des citoyens inoffensifs, surtout les ecclésiastiques, en se mettant naturellement toujours vingt contre un; en traiter d'autres de mamelucs pour les forcer à émigrer et s'emparer de leurs biens.... telles élaient pour le moment, en l'absence du capitaine général, les prouesses de ces bandits de carrefours, surtout lorsqu'ils avaient leur tour de garde.

Puis, dès qu'ils sentirent leur force numérique, ils entreprirent, sous la direction de Baudichon de la Maisonneuve, qui, jeune encore, avait inauguré sa carrière par un meurtre, d'agir sur les affaires publiques par l'intimidation et la violence, comme le font tous les partis ainsi composés, en envahissant en masse les séances du Conseil aux fins de lui dicter leurs volontés, pour donner par leurs vociférations une apparence d'impopularité aux magistrats ou aux propositions qui ne leur plaisaient pas, et pour appuyer leurs amis dans tout ce que ceux-ci proposeraient de violent.

Malheur aux magistrats qui basent leur influence et leur popularité sur des éléments aussi méprisables! ils en sont tôt ou tard les victimes; et honte aux républiques qui tolèrent de pareils scandales ! Elles marchent par le chemin le plus court à la guerre civile ou à l'anarchie et au despotisme." 

24/09/2012

Cessons d'avoir peur de l'épouvantail MCG

La faillite de l’entreprise construisant un bâtiment de l’UNIL, qui va forcer le Canton de Vaud à colmater les brèches, financièrement parlant, c’est une mésaventure qui arrive régulièrement à des privés. Au moins deux fois par an, rien qu’à Genève. Après avoir payé le promoteur de la maison de leurs rêves, celui-ci se met en faillite avant d’avoir pu payer tous les corps de métier. Pour pouvoir entrer dans leur maison, qu’ils ont déjà payée, ses heureux propriétaires doivent en repayer une partie, parfois très importante.

En France, cela n’est pas possible, parce que la garantie décennale est obligatoire, qui permet aux assurances, moyennant une prime préalable bien sûr, de prendre le relais. Cette garantie décennale a souvent été présentée par le MCG et autres comme un outil protectionniste de la France, au même titre que ses (trop) nombreuses complications administratives. C’est évidemment faux. Tous les entrepreneurs français ont dû apprendre à survivre avec la complexité administrative de leur pays. De même que tous les  entrepreneurs suisses ont dû apprendre à vivre avec des salaires particulièrement élevés et les conventions collectives. Qui sont évidemment ressentis comme du protectionnisme par un entrepreneur français qui voudrait venir faire un boulot en Suisse, pour lequel il apprend qu’il va devoir payer ses employés deux fois plus que d’habitude, en y ajoutant de surcroit les très considérables charges sociales françaises. Ce qui n’est pas pris en compte dans le calcul des syndicats suisses : les ouvriers français n’ont pas à payer l’assurance maladie sur leur salaire net…

Le fond de l’affaire, c’est que tout le monde a intérêt à avoir accès au marché du voisin, mais que personne n’y gagnera si ce marché s’effondre. Il est donc bon dans l’absolu, que la nécessaire adaptation aux données économiques et sociales de l’autre côté de la frontière permette de faire les choses en douceur. Cela c’est la vision calme, posée et pragmatique. Le même constat, vu à travers la lorgnette populiste, donne naissance à un déferlement haineux et agressif, qui ne débouche sur rien de concret, mais permet, aux élections, de grappiller les voix des déçus du système.

Ce discours populiste, clairement xénophobe et d’une rare hypocrisie dans sa nature profonde, on ne l’arrêtera pas en allant dans son sens, mais en le démontant et en l’expliquant. En démentant ses mensonges redondants comme la fable de l’interdiction faite aux Suisses d’accéder à la fonction publique française. C’est tout le contraire. Elle leur est spécifiquement ouverte, hormis certains postes dans la police, l’armée, la justice et les affaires étrangères. Idem pour les régies publiques et évidemment le privé. Je me souviens encore de MM Vouillamoz, Valaisan bon teint à la tête de France 3 et Bloch, Genevois, à la direction de la fiction ? Imagine-t-on deux Français – même pas frontaliers - à la tête de la RTS ? 

Je suis atterré par ce que je lis sous la plume de gens habituellement intelligents, comme Ariane Dayer ou certains de mes amis politiques, qui s’offusquent « que l’on donne du grain à moudre au MCG ». Comment ? En prétendant nommer à un poste de Président du Conseil d’Administration des TPG le patron bientôt à la retraite du plus gros employeur du Canton. Bossant depuis une trentaine d’années pour l’entreprise, d’abord pour monter sa filiale française, puis comme directeur de Migros-Genève.

Un type compétent, ce que personne ne nie, qui connait bien la région, qui participe au financement des Transports Publics à travers l’entreprise qu’il dirige, plutôt de centre droit politiquement et pour le dire clairement, plus proche de l’UMP que d’Europe-Ecologie pour ce qui est de ses opinons politiques personnelles, qu’il n’affiche évidemment pas. Qui a aussi l’habitude des mœurs politiques et sociales suisses, mais aussi françaises, à travers la Migros, qui emploie, comme les TPG, des centaines de frontaliers. Ce qui n’est pas négligeable. Un type qui n’a pas envoyé son CV, mais que l’on est venu chercher. Ce qui est tout à l’honneur des Verts, d’ailleurs et de Mme Künzler en particulier, que d’avoir choisi quelqu’un pour sa compétence et non pour ses orientations politiques.

Je suis moins enthousiaste pour ce qui concerne sa décision de remplacer M. Plojoux, qui occupait le poste jusque-là et qui n’a pas démérité. Il fallait un fusible, il est tout trouvé et quelque part il est aussi là pour ça. Donc cela reste dans le cadre des prérogatives de la chef du département et on ne peut pas le lui reprocher. A long terme en tout cas, la modification du réseau de tram était la seule possible pour permettre un accroissement  du trafic et M. Plojoux restera le Président du Conseil d’Administration des TPG qui l’aura mise en place. Il y a des jobs comme ça, dont on ne récolte les fruits que bien longtemps après qu’ils aient été achevés.

Ce qui serait élégant, de la part de Mme Künzler, c’est de trouver une solution permettant à M. Plojoux de mener à bien le congrès mondial des organismes de transport public, qu’il a fait venir à Genève, où il doit se dérouler l’an prochain. Personne n’est irremplaçable, mais le fair play grandit les hommes, comme les femmes. D’autant plus en politique où il est malheureusement bien trop rare.

Concernant mes amis du PLR, qui sont à l’origine du renvoi de la demande de modification de la loi, je ne peux que constater un magnifique auto-goal ! Les Verts nous offrent un poste à la tête d’une grande régie – car M. Vibourel est très certainement plus proche de nos idées que des Verts – et nous le refusons. Ce faisant, nous  ouvrons un boulevard au MCG, bien davantage que l’inverse.  Mettre en accusation la nationalité française de Vibourel alors que dans le même temps, Stauffer prétend défendre le job des « vrais frontaliers » contre l’arrivée des Bordelais ou des Nantais, alors que Vibourel est là depuis au moins 30 ans et fait déjà partie du monde du travail genevois, c’était une fois de plus plonger le  nez des populistes dans le magma de eurs innombrables contradictions.

Quant à la loi elle-même, sans être juriste, elle a de très grandes chances d’être contraire aux accords bilatéraux que le peuple a largement acceptés et que nous avons signés. Ce qui doit compter pour un tel poste, c’est effectivement la compétence et la connaissance du terrain, des hommes (et des femmes) et des institutions. Inscrire dans la loi des obligations de résidence ou de nationalité me parait à la fois obsolète et un très mauvais signal à nos 10 à 15% d’électeurs qui habitent dorénavant de l’autre côté de la frontière, dont je fais partie. Il faut cesser d’avoir peur du MCG, ce n’est qu’un épouvantail. Parfois révélateur de nos propres angoisses.  

La gestion des commentaires étant trop chronophage, ils sont fermés.

19/09/2012

Lettre ouverte à un ami musulman: tu t'es planté et moi avec...

Il y a trois jours, suite aux commentaires scandalisés publiés par certains de mes amis africains sur "l'affaire Véronique Genest", j'ai publié la note ci-dessus. Dont je ne retire rien sur le fond, les informations et réflexions que je livre étant toutes justes. Sauf une, la première. Véronique Genest n'a jamais dit que  son fils avait peur des noirs, mais au contraire qu'il avait peur du noir. Comme n'importe quel gamin, même les gamins noirs. Je le sais, j'en ai élevé plusieurs... Merci à Homme Libre d'avoir effectué la petite enquête que j'aurais du effectuer moi-même - d'autant plus que c'est mon métier de vérifier mes sources, même quand c'est un ami qui le dit. Cet incident, je l'espère, fera réfléchir mon ami et collègue journaliste la prochaine fois qu'ils aura envie de démarrer au quart de tour et de monter au créneau pour défendre sa religion: méfions-nous des réactions impulsives et extrémistes. 

Voila donc ma note, telle qu'elle était. Je la laisse comme témoignage des dangers de ces réactions à chaud: 

 

En amalgamant « les noirs » à l’Islam, Mme Genest dit une bêtise de 1ère grandeur. Tout simplement parce qu’une très forte proportion de noirs –probablement plus de la moitié – ne sont pas musulmans, mais chrétiens, voire egyptolâtres ou animistes. L’ignorer, c’est ajouter l’inculture au racisme. Par ailleurs, parmi ceux qui sont musulmans, comme parmi les chrétiens, beaucoup gardent des traces d’animisme dans leurs croyances, ce qui se traduit par un islam pour le moins modéré. Les assimiler aux intégristes est une erreur stratégique fondamentale. 
Les ancêtres des musulmans africains ont été convertis de force. Moyennant tribut, l’Islam tolérait en son sein des minorités chrétiennes ou juives parce qu’elles étaient « du livre ». En revanche pour les païens, Grecs, zoroastriens ou animistes, le choix était clair et ans discussion: la conversion, la mort ou l’esclavage ! Ce qu’un certain très cher confrère et ami sénégalais ferait bien de se remémorer lorsqu’il se plaint du « terrorisme intellectuel » qui pousserait les immigrés à abandonner la religion de leurs pères… Depuis la conquête des Amériques, je ne sache pas qu’il y ait eu en occident rien d’équivalent à ce que fut la conversion à l’Islam de la Guinée ou du Sud Mali au XIXème siècle. Nous avons reconnu – moi en tout cas – les atrocités de la colonisation et de l’esclavage. Je n’ai pas entendu beaucoup de musulmans reconnaitre que l’islamisation – même violente – pouvait avoir d’autres aspects que positifs… Sur l’esclavage, oui, et encore rarement, mais jamais sur la conversion elle-même !
Lorsque Mme Genest dit qu’elle a peur de l’Islam, en revanche, il serait idiot de ne pas l’entendre. Parce que l’Islam fait peur, c’est un fait. D’abord parce qu’il ne se remet pas en cause, ne pratique pas l’autocritique. L’Islam des intégristes bien sûr, mais malheureusement, c’est celui-là que l’on entend le plus souvent, agité par quelques poignées de militants bien décidés à mettre le feu aux poudres. Au même titre qu’en face, le copte égypto-étasunien qui a produit le stupide film incriminé savait très bien ce qu’il faisait : une provocation. Son problème à lui, c’est que sa communauté copte en Egypte est égyptienne depuis toujours – bien avant la naissance de Mohammed - et n’a jamais quitté les rives du Nil, d’où elle est pourtant en train de se faire chasser lentement mais sûrement. Par des intégristes. Or l’Occident ne fait rien. Bien moins en tout cas que ce que l’on fait pour Israël dont la légitimité historique est pourtant moins indiscutable.
La manière de réagir de ce copte est grossière et du même tonneau que l’action des intégristes, mais il défend une tradition millénaire injustement pourchassée qui n’a fait de mal à personne. Jusqu’à aujourd’hui. Une tradition qui a toujours joué le jeu et accepté les règles définies par le prophète à savoir que les religions du Livre ont droit à la protection de l’Islam sur ses terres. Et non pas à être détruites et pourchassés par des fanatiques, qui ce faisant contreviennent à la parole du Prophète qu’ils disent sacrée.
Ces intégristes islamiques savent très bien ce qu’ils font, en déclenchant un tel barouf, qui a surtout permis à des millions de gens de découvrir un navet inconnu dont ils n’auraient jamais entendu parler sans eux… Ils prennent le contrepied du voyage du pape qui venait rappeler au Liban l’importance de maintenir la pluralité des croyances au Moyen Orient. Ce dont les intégristes ne veulent à aucun prix, Egypte incluse. On peut comprendre que cela fasse peur, car c’est une déclaration de guerre : laissez massacrer ou convertir de force les gens du livre en terre d’Islam, et laissez nous détourner les concepts de laïcité pour favoriser notre croissance et notre prospérité chez vous.
Je suis pour le respect et l’amitié entre les peuples, contre le racisme et la haine, mais pour que cela fonctionne, il faut des règles et de la raison. Derrière toutes les guerres, en particulier idéologiques et religieuses, il y a des fauteurs de trouble, des extrémistes qui attisent les flammes. Il devient urgent de les éteindre en remettant chacun à sa place et les extrémistes au coin. Pour faire en sorte que l’on puisse à nouveau se parler et se dire les choses franchement.
La liberté d’expression est sacrée. Mais l’insulte et la calomnie sont interdites par la loi. Ce qui est vrai à l’échelle d’un individu doit l’être également à l’égard d’une communauté ou d’une croyance. Ce qui ne signifie pas non plus que parce que l’on est une religion, on est inattaquable. Les analyses censées, historiques, vérifiables doivent pouvoir être exprimées. Même lorsqu’elles sont très critiques. L’insulte gratuite en revanche ne sert qu’à jeter de l’huile sur le feu. Il est facile d’y avoir recours. Moi-même parfois, cela m’arrive. Mais il est essentiel d’y mettre le holà, si l’on veut pouvoir continuer à causer ensemble. Et il n’y a pas d’alternative au maintien du dialogue.

ps: n'ayant pas le temps de gérer les commentaires, je les ferme.

30/08/2012

Merci Hans Wilsdorf

C'est pô croyable ce qu'un jeune salerniste peut dire comme bêtises quand il se lâche sur son blog

Par exemple que les autos vont pouvoir filer à 70km/h rue de l'Ecole de Médecine, transformée en autoroute selon lui. Vu qu'elle fait deux fois cent mètres avec des feux au milieu, et des feux ou un rond-point à chaque bout, faudrait vraiment avoir une semelle de plomb sur l'accélérateur et pas de pédale de frein... Quant à l'autoroute à une voie dans chaque sens avec des perpendiculaires de partout... 

Idem, quand il affirme que ce qui tue le plus aujourd'hui, c'est la route... Ben non, C'est un gros mensonge. Une bonne vingtaine de causes médicales tuent plus que les accidents et parmi les accidents, les accidents ménagers tuent plus que les accidents de la route. Alors même en tenant compte du fait que la pollution athmosphérique acélère le décès par certaines maladies, les chauffages rejettent toujours deux fois plus de cochonneries dans l'athmosphère que les automobiles. 

Attention, je ne dis pas qu'il faut tous rouler en Hummer, je dis juste que c'est pas bien de dire de gros mensonges. Or le jeune Topo Thévoz semble avoir un certain sens de la galéjade. Pas grave dirons certains, puisque c'est au profit d'une cause politique. Ouais ben dans le même genre, on a déjà Stauffer, un exagérateur de conflits, cela me semble largement suffisant pour Genève. Et qu'on ne me parle pas de comparaison abusive, Thévoz, lui, il compare bien l'automobile, qui sert tout de même à se déplacer, avec les dealers qui servent juste à rendre les gens malades... 

Quand au très chouette pont inauguré aujourd'hui qui va justement réduire la pollution inutile en évitant à plusieurs centaines de véhicules chaque jour de faire plusieurs centaines de mètres de détours dans les embouteillages, moi je trouve ça très bien et je dis merci Hans Wilsdorf.

 Voilà j'avais ça sur le coeur, mais n'ayant pas le temps de gérer les commentaires, je les ferme. 

 

20/06/2012

Les enjeux du Grand-Genève disséqués sur Léman Bleu

Après "Comment l'Esprit vint à Genève" et ses 25 siècles d'histoire concentrés en 52', c'est ce soir, à 20h30 sur Léman Bleu, le tour des problèmes contemporains du Grand Genève: chômage, transports, logements, divergences administratives, fracture des niveaux de vie...

En 52' "La Ville-Frontière" interroge politiques et experts sur les enjeux de l'agglomération et les espoirs de solution.

Le trailer de ce 2ème film est ici .